ÉDITORIAL: Oui au regroupement des sociétés de valorisation de l'innovation

ÉDITORIAL: Oui au regroupement des sociétés de valorisation de l'innovation

Il y a des démarches qui passent souvent inaperçues dans le flot des informations mais qui sont hautement significatives à plusieurs égards. C’est le cas, sans doute, du mémoire déposé il y a quelques jours par deux actrices reconnues du secteur du transfert technologique, Anne-Marie Larose et Brigitte Lespérance, dans le cadre de la consultation prébudgétaire 2020 du ministre des Finances.

Car ce mémoire ne vise rien moins qu’à proposer une refonte globale du modèle de valorisation de la recherche publique au Québec pour ce qui attrait au transfert technologique de propriété intellectuelle libre de droit. Et, nous aurions envie de rajouter : « il était grand temps ».

Le Québec génère en effet près de 500 déclarations d’invention universitaires par année, ce qui peu ou prou correspond au volume de dossiers reçus annuellement par la seule université Stanford, en Californie. Plusieurs dizaines d’organismes sont ainsi sollicités dans notre province pour l’équivalent de ce que génère une seule université, une seule équipe de transfert technologique et un seul portefolio d’offres technologiques! La déperdition de productivité dû à cet éparpillement des moyens est flagrant.

Un appel à l’optimisation de l’investissement en recherche publique

Le résultat est sans appel : le taux de succès du transfert technologique n’est actuellement que de 15% dans notre province. Et s’il est reconnu que l’innovation issue de la recherche publique génère des impacts sociaux et économiques majeurs, le maigre taux de transformation commercial tangible des produits de la recherche publique tient principalement au fait que, dans le contexte de compétition technologique internationale actuelle, l’efficacité même du dispositif de transfert technologique dans notre province manque cruellement d’efficacité.

Il existe présentement au moins six bases de données pour la gestion de la propriété universitaire au Québec, entraînant une duplication des ressources, une multiplication du travail et ce pour des inventions qui concernent des applications et des produits similaires.

Et il faut se l’avouer : l’exploitation commerciale pérenne des propriétés intellectuelles issues de nos centres de recherche publiques et parapubliques, qui engloutissent près de 2 G$ par année de fonds publics en effort de recherche, nécessite une prise de risque et des moyens que nos universités québécoises seules ne peuvent supporter, et ce alors même que les entreprises privées rechignent à prendre ce risque.

Le mémoire d’Anne-Marie Larose et de Brigitte Lespérance a donc le mérite de ne pas tourner autour du pot, mais aussi et surtout de venir avec une proposition majeure : éviter l’éparpillement des actions en regroupant l’expertise, les activités de transfert technologique et le portefeuille de propriété intellectuelle dans une seule organisation.

Vers une concentration des activités de transfert technologique

Ce projet ne propose ni plus ni moins que d’abolir les trois sociétés de valorisation actuelles (Aligo, Univalor et Sovar) afin de créer une seule société, formée d’une équipe d’experts provenant des sociétés actuelles. Et, fait à souligner, la proposition émane des dirigeantes de l’une de ces trois sociétés (Aligo), qui décident donc de saborder leur propre navire au nom de l’intérêt général. Belle leçon de courage et de vision collective!

Les auteurs du mémoire donnent un an au gouvernement pour mettre sur pied cette nouvelle entité, en la complétant d’un Fonds d’investissement pour financer les projets très précoces et très risqués. Objectif raisonnable qui s’inscrit dans une démarche globale de réflexion amorcée dans la dernière année par plusieurs groupes, notamment les universités et le MÉI, afin de revoir le modèle de valorisation de la recherche universitaire.

Cependant, à l’heure où nous écrivons ces lignes, les objectifs et les détails de cette réflexion ne sont pas encore connus. Des ateliers ont eu lieu depuis le printemps 2019 et un consultant a été engagé en juillet 2019. Les rapports du consultant et des ateliers sont encore confidentiels.

Le mémoire déposé ces derniers jours par Anne-Marie Larose et Brigitte Lespérance, actuellement consulté par le ministère des finances et par le ministère de l’Economie et de l’Innovation, aura déjà le mérite de mettre en lumière les enjeux cruciaux de la commercialisation des innovations publiques et, espérons-le, conduira rapidement à l’élaboration d’une stratégie de centralisation en la matière. On a déjà perdu beaucoup de temps.

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