Un algorithme pour repérer les baleines

L’intelligence artificielle (IA) ne vient pas seulement en aide aux humains, elle sert aussi à sauvegarder les espèces animales menacées. Une entreprise montréalaise fait usage d’un algorithme de reconnaissance des images pour détecter la présence de baleines dans l’Arctique. Ces informations sont précieuses pour le gouvernement, les organismes en protection de l’environnement, mais aussi les industries gazières et pétrolières.

Whale Seeker a été fondé il y deux ans par une équipe de scientifiques passionnés par les mammifères marins.

« Tout cela est parti du travail de maîtrise de Bertrand Charry, notre cofondateur. Il s’agissait d’une étude démographique des populations de narval, durant laquelle il lui a fallu examiner des milliers d’images aériennes », explique Emily Charry Tissier, directrice générale et cofondatrice de l’entreprise.

Biologiste et statisticienne de formation, Mme Charry Tissier s’est intéressé à l’utilisation de l’IA pour accélérer ce processus de discrimination des images aériennes et satellites dans le cadre d’une collaboration avec l’organisme environnemental WWF-Canada.

« L’IA permet d’éliminer 95 % de la surface d’une image, pour que les humains se concentrent à analyser le 5 % qui reste et qui est pertinent. Considérant que l’étude visuelle d’une photo par un individu peut prendre entre quelques secondes et une demi-heure, imaginez tout le temps que vous pouvez sauver lorsqu’il faut analyser 10 000 images! »Emily Charry Tissier, directrice générale et cofondatrice de Whale Seeker.

Toutefois, l’absence de ressources à portée de main l’a incité à entreprendre le développement d’un algorithme.

« Au départ, on cherchait à sous-traiter la partie « IA » du travail, mais les firmes que nous avons alors consultées ne nous offraient rien en dessous de contrat dans les six chiffres. On a donc décidé de le faire nous-même », raconte-elle.

Le résultat est probant : aujourd’hui Whale Seeker offre à ses clients un service de détection de baleines au coût de 4,50$ par image. « On pense donner quelque chose de beaucoup plus abordable avec ce prix fixe. »

UNE TECHNOLOGIE EN ÉVOLUTION

Au-delà du travail de localisation des baleines, l’entreprise peut utiliser les jeux de données fournis par ses clients, ou en extrapoler grâce à son algorithme, afin de fournir une analyse statistique des populations de baleines en temps réel.

« On peut livrer les informations rapidement. Notre objectif est de suffisamment entraîner notre algorithme pour que la détection se fasse à partir d’un navire », souligne Mme Charry Tissier.

Cette technologie permettrait d’éviter des accidents, telle que la collision qui a tué une baleine à bosse dans le fleuve Saint-Laurent l’été dernier.

Les données sont bien entendu vitales aux défenseurs de la faune aquatique, mais elles sont aussi utiles à des entreprises pétrolières comme Shell, qui doivent répondre à certaines normes dans le cadre de leurs activités en mer. En effet, celles-ci doivent respecter une distance minimale avec les baleines.

PLUSIEURS APPLICATION DE L’IA EN PROTECTION DE LA VIE MARINE

L’IA offre une autre solution pour localiser les mammifères marins qui séduit les chercheurs et le gouvernement.

Des scientifiques de l’informatique de l’Université Simon-Fraser en Colombie-Britannique utilisent des capteurs aquatiques pour enregistrer le chant des baleines. Grâce à l’apprentissage machine, il est ensuite possible de différencier les sons émis par les cétacés de ceux produits par les navires et les autres éléments dans l’environnement marin.

« C’est une technologie intéressante, qui pourrait bien compléter la nôtre », souligne Mme Charry Tissier.

Par ailleurs, Pêches et Océan Canada, un client de Whale Seeker, se fie déjà à la surveillance acoustique pour repérer les baleines.

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