Une IA pour parler aux personnes autistes

Un des troubles neurodéveloppementaux les plus répandus est le trouble du spectre de l’autisme (TSA). Pourtant sa prévalence exacte dans la population québécoise est encore inconnue, tout autant que les besoins spécifiques des personnes vivant avec un TSA. Un assistant conversationnel (chatbot) alimenté par l’intelligence artificielle (IA) pourrait changer la donne.

L’initiative a été lancée par Catherine Des Rivières-Pigeon, professeure au département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et son conjoint, Laurent Barcelo, chef de la stratégie et industrie 4.0 pour Videns Analytics. L’enjeu tient à cœur à ceux-ci, étant parents d’adolescents autistes.

« On a très peu de données fiables quant à la quantité réelle et à la répartition sur le spectre de l’autisme des personnes atteintes d’un TSA. Ce manque d’information est une des causes qui expliquent le manque de financement pour les organismes et ressources leur venant en aide », souligne la sociologue membre de l’Équipe de recherche pour l’inclusion sociale en autisme (ÉRISA).

 

COMMUNICATIONS ADAPTÉES

Un assistant conversationnel, capable d’apprentissage automatique pourrait permettre un traitement automatique du langage naturel adapté aux besoins des personnes vivant avec un TSA. La conversation dans un système de messagerie par écrit assurerait des échanges « dans un moyen de communication qui convient généralement » à celles-ci, affirme Mme Des Rivières-Pigeon.

En effet, les individus se trouvant sur le spectre de l’autisme peuvent avoir des capacités conversationnelles très variées d’une personne à l’autre, certains étant non-verbaux, tandis que d’autres ne le sont pas.

Et la communication est un enjeu central chez ces personnes, comme l’indique le site internet de la Fédération québécoise de l’autisme (FQA).

« On dénote des difficultés persistantes marquées par une absence ou un manque de réciprocité sociale. Entre ne porter aucune attention à l’autre et ne pas savoir comment amorcer une interaction, plusieurs manifestations sont possibles. Les difficultés sont aussi présentes dans la communication non verbale. Par exemple, il est souvent complexe pour une personne autiste de comprendre ce qui est sous-entendu dans l’intonation utilisée par son interlocuteur [ … ] »

– Fédération québécoise de l’autisme

Hypothétiquement, l’agent conversationnel pourrait venir augmenter les “chatbots” que l’on retrouve désormais couramment sur les sites internet des organismes et entreprises, afin d’offrir un service qui répondrait mieux aux demandes des personnes autistes.

 

DÉFIS TECHNIQUES ET BASE DE DONNÉES

« Les défis techniques seront de créer un « chatbot » en français qui saura s’adapter aux particularités de langage des personnes autistes », indique M. Barcelo.

C’est que les bases de données sur lesquelles carburent les engins conversationnels sont rarement francophones. Il faudra donc partir de zéro pour bâtir un prototype.

Grâce à un partenariat entre Videns Analytics, l’UQAM et la FQA, deux projets ont été mis sur pied depuis 2020 dans cette optique :

Le « chatbot » viendra nourrir une base de données qui sera utilisée comme ressource par la FQA ;

Le site de la database (nommée Observatoire québécois de l’Autisme / OQA) sera conçu par Pascal Franco, lui-même membre de la Fédération. Les informations recueillies à partir des interactions lors des discussions avec l’assistant permettront de construire l’OQA.

« Ces données pourront être utilisées par la FQA pour mieux défendre les droits des personnes autistes. Éventuellement, ces informations pourraient aussi aider les chercheurs à mieux comprendre les enjeux liés au TSA », explique Mme Des Rivières-Pigeon.

D’après le site de la FQA, l’estimation de la prévalence de l’autisme au Québec est de 1,4% de la population, pourcentage qui semble confirmé par le fait qu’en 2015-2016, il y avait 14 429 élèves autistes à la formation générale, soit 1 enfant sur 70. À titre de comparaison, on comptait 8 318 enfants autistes scolarisés dans le secteur public en 2010-2011. En 5 ans, le nombre d’élèves diagnostiqués a presque doublé.

De quoi justifier les efforts visant à mieux communiquer avec eux.

 

Crédit photo: Pexels/Alex Green.

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