L’utilisation de l’IA dans le secteur du livre – entre craintes et progrès

Dans le cadre de la rédaction d’un livre blanc sur l’Intelligence artificielle (IA) et le monde du livre, deux universitaires ont dressé un portrait des prospectives que les technologies associées à l’IA pourraient offrir au secteur du livre. Nous avons échangé avec eux sur le chemin pour y parvenir.

Tom Lebrun, juriste et doctorant en littérature a rédigé en collaboration avec son directeur René Audet, professeur titulaire au Département de littérature, théâtre et cinéma de l’Université Laval, un livre blanc portant sur l’IA et le monde du livre.

Ce livre repose sur une démarche volontaire d’informer et de sensibiliser le secteur. « Nous voulions attester d’expérimentations existantes dans chaque maillon de la chaîne du livre, de sorte à montrer que le collectif, même à petite échelle, peut réussir à se positionner et ainsi résister à des conglomérats tels que Amazon, Kobo… ». 

Selon René Audet, l’écosystème du livre tient une place à part parmi les autres industries. La Loi sur le livre (Loi 51) réglemente la commercialisation du livre au Québec, notamment en rendant interdépendants les acteurs de la chaîne du livre et en favorisant un écosystème diversifié. « Héritière des politiques culturelles, cette singularité amène une forte concertation entre les différents acteurs. Il s’agit là d’un levier sur lequel capitaliser pour asseoir de nouvelles méthodes et modèles utilisant l’IA.»

 

LA CONCERTATION ENTRE ACTEURS : DE LA COLLECTE DES DONNÉES À LA MUTUALISATION

Prédire les attentes des lecteurs, innover dans le processus créatif, assister l’édition, diffuser et distribuer de façon plus optimisée, bonifier l’accès au livre… Sont des possibilités de développement réalisables grâce aux systèmes propulsés par IA.

Pour ce faire, « l’IA étant un outil qui se sert des données du passé pour tenter de prédire le futur avec des probabilités, la condition de succès de ces projets et explorations repose en premier lieu sur la collecte de ces données ».

De l’auteur à la librairie ou la bibliothèque, en passant par l’éditeur, le distributeur et le diffuseur, le milieu du livre repose sur une impressionnante quantité de données : les données relatives au contenu, les données sur les comportements des lecteurs et sur les statistiques liées à la lecture. Le défi est de taille pour les valoriser. Selon Tom Lebrun, « il est impératif que l’écosystème du livre s’y investisse avec l’accompagnement des institutions gouvernementales ».

 

L’APPORT DE LA MUTUALISATION DES DONNÉES

Le croisement et la mutualisation de ces données offriraient des avenues très prometteuses. Par exemple :

« un système d’IA pensé à la fois pour la diffusion et la distribution, raccordé aux données en amont (éditeur) et en aval (détaillants) de la chaîne du livre pourrait certainement optimiser le fonctionnement du secteur – en réduisant le taux de retours usuels des livres non vendus que l’on estime entre 25% et 35%».  – Tom Lebrun

Les données doivent aussi être enrichies et ne pas se limiter aux seules métadonnées comme le genre, le nom de l’auteur, la date de publication… « Une plus grande diversité est requise : comme renseigner les thématiques, les lieux où se déroule l’intrigue, les époques, le nom des personnages ». Cela permettrait à un lecteur de faire des recherches plus précises pour choisir son livre.

Enfin, « le croisement des données du livre avec des données ouvertes ou des données d’autres secteurs culturels pourrait permettre une connaissance plus fine des comportements des consommateurs et l’exploration de pistes d’affaires ou d’actions marketing ciblées » ajoute Tom Lebrun.

 

LA CRAINTE D’UNE PERTE DE DIVERSITÉ CULTURELLE

Une des craintes quand on aborde l’intelligence artificielle porte sur la diversité des expressions culturelles que le secteur du livre voudrait pouvoir continuer à promouvoir. Pour René Audet, « c’est une préoccupation fondamentale et idéologique dans le milieu. Il ne faut pas que la machine IA vienne écraser les singularités : les littératures à la marge, les œuvres locales et régionales ou bien les intérêts naissants …».

C’est en ce sens que le livre blanc souhaite promouvoir « une intelligence augmentée » plutôt qu’une  intelligence artificielle. La première est davantage centrée sur l’humain lui laissant le contrôle et la décision finale. « Il faut que chaque acteur reste aux commandes. L’IA doit être un outil d’aide ».

Pour télécharger le livre blanc : LivreBlanc_IA_MondeduLivre_FR .pdf | DocDroid

 


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