L’IA rendra-t-elle Montréal plus intelligente?

En 2018, la ville de Montréal a signé un contrat avec le géant japonais Fujitsu pour utiliser l’intelligence artificielle (IA) afin d’améliorer certains services de la ville. Deux ans plus tard, CScienceIA fait le point pour savoir où en et ce projet et pour savoir si Montréal est réellement en train de devenir une « smart city ».

Le but de cette collaboration, c’est d’utiliser les milliers de données collectées par la ville pour améliorer ou accélérer le processus de décisions, par exemple pour réparer les routes endommagées, ajuster la durée des feux de signalisation pour désengorger le trafic, ou encore faire gagner de précieuses secondes au temps de réponse des pompiers.

« Pour les pompiers, il y a déjà des résultats. L’algorithme qu’on est en train de développer a réduit de 3 à 5 secondes leur intervention sur les incendies à Montréal » assure François Croteau, élu responsable de la ville intelligente à Montréal. « Et cet hiver, tous les véhicules de déneigement de la ville utilisent le même outil pour optimiser les parcours et les opérations de déneigement. On amène petit à petit l’application de l’IA à plusieurs sphères des opérations et services de la ville de Montréal pour améliorer nos temps d’intervention et optimiser les services aux citoyens.

RÉDUIRE LES EMBOUTEILLAGES

Le projet en cours avec Fujitsu, vise maintenant à créer une solution prédictive pour gérer les feux de circulation en fonction du trafic et des incidents de circulation dans la ville. « L’objectif de ce projet consiste à réduire les embouteillages et à améliorer l’écoulement de la circulation en utilisant des données recueillies en temps réel au cours des 15 minutes précédentes afin de prévoir la densité de la circulation au cours des 15 minutes suivantes », précise Fujitsu dans un communiqué, publié le 15 décembre dernier. « C’est ce qui permettra à la ville de prendre des décisions informées ainsi que des mesures rapides et déterminantes pour diminuer de façon proactive les problèmes de circulation avant qu’ils ne surviennent », poursuit la firme japonaise.

Installé sur le boulevard Notre-Dame, « cet outil va être une première à Montréal. Il va permettre d’améliorer l’algorithme prédictif et pourra ensuite être étendu à d’autres parties de la ville », conclut M. Croteau.

UNE VILLE INTELLIGENTE ET DURABLE

Mais une ville intelligente, capable d’utiliser les données à sa disposition, c’est aussi une ville capable de mieux gérer sa consommation d’énergie. Il y a cinq ans, Montréal a d’ailleurs signé un contrat avec Énergère, pour se doter d’un système d’éclairage intelligent dans son espace public. Grâce à de nouvelles ampoules LED, un logiciel de gestion de l’éclairage et des photocellules intelligentes qui transfèrent des informations sur l’état des luminaires, la ville devrait faire au final 35% d’économies en énergie consacrée à l’éclairage de la ville.

« Le contexte réglementaire à Montréal et partout au Québec n’incite absolument pas à gérer l’électricité d’une manière intelligente » – Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire en énergie de HEC Montréal

En revanche, selon Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, la ville a encore de sérieux efforts à faire pour réduire sa consommation d’électricité. « Le contexte réglementaire à Montréal et partout au Québec n’incite absolument pas à gérer l’électricité d’une manière intelligente. L’électricité n’est pas chère, les tarifs sont tout sauf dynamiques, et l’intelligence artificielle ne changera rien à la consommation d’électricité au Québec tant qu’on n’aura pas une gestion plus intelligente des tarifs ».

À ses yeux, pour réduire drastiquement la consommation d’énergie, il faut « d’abord viser des rénovations du parc immobilier pour s’approcher de bâtiments passifs, qui n’ont pas besoin de systèmes de chauffage ou de climatisation actifs, car leur enveloppe thermique est tellement performante qu’ils gardent une température intérieure confortable pour les usagers. Et cela, pour les partisans de l’IA, ça n’a pas grand chose à voir », conclut Pierre-Olivier Pineau.

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