Des clics qui détraquent la planète

Chaque jour, des milliards de messages transitent d’un bord à l’autre de la planète via une technologie moderne qui  inquiète. Les responsables : les “data centers”. C’est officiel, ils ont trouvé leur place parmi les émetteurs de gaz à effet de serre. Ces monstres calorifères trouvent cependant une seconde vocation bien utile pour réduire leur empreinte environnementale. Focus sur un problème croissant dont les solutions sont à portée de clic. 

« N’imprimez ce courriel que si nécessaire ». Souvenez-vous de cette signature à la fin des courriels ? Cette configuration semblait en effet très utile pour adopter une attitude éco-responsable. Oui mais pas que. Qu’en est-il de cette énergie invisible qui réchauffe la planète? En émettant une quantité élevée de CO2 dans l’atmosphère, le transfert d’informations consomme une énergie électrique loin d’être anodine. 

UN FLUX FORT EN CO2

Trente ans après l’avènement d’Internet, nous avons assez de recul pour chiffrer ce que représente l’usage démesuré des courriers électroniques. En 2008, un rapport de la Commission européenne annonçait déjà que les TIC (Technologies de l’information et de la communication) représenteraient en 2020 4% des émissions à effet de serre (Sources ADEME). Dans un récent article, le site Villeenvert.ca chiffre à 1% la consommation totale d’électricité des  172 datacenters qui existent au Canada. Bien que cela vous semble dérisoire, leur usage augmenteront de façon exponentielle lorsque la 5G sera en état de grâce. 

À chaque fois que notre index appuie sur la souris, des milliers d’opérations sont relayées pendant l’ouverture d’une page web. Les infrastructures liées à ces trajets ont un coût énergétique. Les datacenters qui fonctionnent 24h/24 sont pointés du doigt pour des raisons évidentes. Non seulement avides d’électricité, ils émettent de la chaleur et nécessitent par la même occasion des climatiseurs pour les refroidir. 

UNE ÉGLISE EN ESTRIE FAIT VOLTE-FACE

Se réchauffer avec la crypto monnaie est-ce possible? Selon Pierre-Philippe Côté oui! En 2020, il se confie devant les caméras de Unpointcinq.ca pour expliquer son cheminement. Lorsqu’il acquiert l’Église de Saint-Adrien trois ans plus tôt, celui-ci lui donne une deuxième vocation. Pour sauver le bâtiment religieux, sa conversion en espace fédérateur était indispensable. Sauf que. Les hivers étant rudes, il fallait trouver un moyen de chauffer le lieu-dit en réduisant les coûts du système calorifère jugé trop obsolète. C’est donc dans la technologie de stockage que Pierre-Philippe Côté et son binôme du Projet BTU, Patrick Lussier, vont trouver réponse favorable. Les deux instigateurs trouvent une seconde utilité à cette industrie en plein essor en réaménageant le lieu de culte. Pas moins de 35 serveurs de données situés au sous-sol adoucissent ainsi l’atmosphère du hub créatif qui cherche à réduire son impact environnemental. 

MODÉRER SON EMPREINTE NUMÉRIQUE

Autant dans le cadre personnel que professionnel, il est presqu’impossible de communiquer en 2021 sans Internet. Clément Fournier, rédacteur en chef du site Yourmatter.world souligne que l’utilisation des SMS, pour des correspondances courtes, pourrait alléger l’émission de CO2. Il cite notamment Mike Berners-Lee (auteur de The Carbon Footprint) qui évalue le poids d’un mail sans pièce jointe à 4 grammes de CO2 versus un SMS qui émet 0,014 grammes. Pour être envoyé, ce dernier nécessite l’utilisation de fréquences téléphoniques alors que les courriers électroniques passent par les données du réseau. À l’instar des courriels, les SMS agrémentés de contenus multimédias (donc MMS) augmentent cependant leur utilisation en CO2…

« L’innovation consiste à voir comment utiliser les technologies existantes pour construire l’avenir de nos enfants.» – Frédéric Bordage – Fondateur du Club Green IT

Dans un soucis d’esthétique, nous avons affaire à des pages gourmandes qui utilisent 2,5 Mo de bande passante. Frédéric Bordage, fondateur du club Green-IT, propose des solutions simples pour faire un pied de nez aux émissions de CO2 engendrées par des interfaces devenues selon lui “obèses”. Dans une conférence qui rend hommage à la notion de “sobriété” , l’expert fait un inventaire de l’univers digital en expansion avant d’étayer sur l’importance des interfaces simplifiées. Développer des sites plus léger représente le nouveau défis de demain.

Google se rend autant complice d’une écoconception liée aux data centers. Le site Optimiz.me nous apprend que le géant de la technologie 2.0 en possède une quarantaine dotées d’au moins 900 000 serveurs!  Le but étant d’alléger son empreinte environnementale mais aussi ses factures, Google exploite le logiciel développé par Deepmind. Grâce à son système d’IA, la maison mère mesure une réduction d’électricité de 40%. Après analyse des historiques de consommation, Demis Hassabis, cofondateur de Deepmind, parle de 120 variables domptées par la machine. Défi relevé! 

 

Frédéric Bordage -Fondateur de Green IT. Image: France Stratégie

À condition d’ajuster son comportement, il est tout à fait possible de dévier sa trajectoire environnementale. Toutefois, le contexte de la Covid-19 ne s’y prête guère. En effet, l’isolement augmente la dépendance à l’usage d’Internet avec tout ce qui s’en suit: courriels volumineux, films en streaming et vidéoconférences. Côté entreprises, la démocratisation de l’IA dans les centres de données représente une transition favorable car le deeplearning peut détrôner cette consommation déraisonnée liée à la socialisation numérique.  

Source: Les Echos

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