Qu’en est-il de l’enjeu des talents en IA au Québec ?

Si la province se positionne comme pôle mondial de l’intelligence artificielle (IA), encore faut-il que la main-d’œuvre spécialisée suive le rythme, d’autant que la demande de talents en IA entend poursuivre sa progression au cours des prochaines années. Le Québec est-il prêt ?

QUELQUES FAITS ET CHIFFRES

D’après les données du ministère des Finances en 2018, ils étaient plus de 250 000 travailleurs spécialisés à œuvrer dans le domaine des TIC (technologies de l’information et des communications) dans la province, incluant l’IA.

Mais la demande croît à un rythme plus effréné que l’offre. En 2017, le Conseil des technologies de l’information et des communications (CTIC) prévoyait d’ailleurs que quelque 44 000 postes seraient à combler dans ce domaine au Québec d’ici 2021. Chaînes de blocs, impression 3D, IA, réalité virtuelle et augmentée et technologie mobile 5G figuraient en tête de liste des technologies en plein essor.

Mais ça, c’était avant la pandémie qui a forcé le virage numérique à vitesse grand V. Non seulement le télétravail est devenu la norme, mais plusieurs secteurs de l’économie québécoise ont réalisé l’importance des nouvelles technologies en 2020, outils essentiels à la poursuite de leurs opérations mais également à l’innovation et à la croissance. Conséquence : les besoins devraient se chiffrer à 10 000 travailleurs spécialisés en TIC annuellement, et ce, au cours des cinq prochaines années.

Si le nombre d’offres d’emploi en technologie a dégringolé au printemps 2020, alors qu’une grande partie de l’économie a été mise sur pause, il a repris de la vigueur allant même, un an plus tard, jusqu’à dépasser de près du tiers le niveau pré-pandémie. Et c’est Montréal qui affiche le meilleur taux de croissance dans ce domaine, devant Toronto et Vancouver, notamment grâce à son expertise en IA mais aussi en raison de la présence de nombreuses entreprises en haute technologie et à forte valeur ajoutée.

UNE MAIN-D’ŒUVRE QUALIFIÉE, VOIRE REQUALIFIÉE

Question de faire une pierre deux coups, les initiatives se multiplient pour aider les entreprises à faire le virage techno et numérique, sans oublier la requalification et le rehaussement des compétences de la main-d’œuvre, notamment les chômeurs pandémiques.

Parmi les annonces les plus récentes, le gouvernement provincial a accordé 5 M$ à Québec numérique dans le cadre du projet 42 Québec visant à former des centaines de personnes dans le secteur du numérique et des TIC. Québec entend aussi consacrer une enveloppe de 19 M$ afin de dénicher quelque 4 500 spécialistes en TI, par le biais de formations en entreprise et en établissement d’enseignement collégial et universitaire. Dans le cadre de son budget 2021-22, le gouvernement consacrera aussi 157,5 M$ dans la formation et la requalification afin de former 2 500 travailleurs supplémentaires en TI via le programme PRATIC. Scale AI, la supergrappe d’IA du Canada, joint également le mouvement alors qu’elle a annoncé en février dernier la bonification du taux de remboursement offert à la formation continue, tant pour les particuliers que les entreprises.

Mais comme l’essor des nouvelles technologies – notamment l’IA – n’est pas près de s’essouffler, la formation demeure essentielle à long terme. Outre la formation continue, les universités ont bien compris cet enjeu, notamment en intégrant l’IA dans leurs programmes d’études en informatique et en génie, par exemple.

À l’heure actuelle, ils sont plus de 13 000 étudiants inscrits à un programme universitaire spécialisé en IA et en traitement des données. Et c’est sans compter les centaines de chercheurs et étudiants au Mila, un institut de recherche en IA spécialisé dans le domaine de l’apprentissage automatique.

Cela dit, encore faut-il être capable de retenir ici les meilleurs talents, un enjeu de taille dans le domaine de l’IA – et des STIM (sciences, technologie, ingénierie, mathématiques) en général. C’est d’ailleurs l’une des missions de Montréal International via son volet Je choisis Montréal s’adressant entre autres aux étudiants internationaux désirant rester au Québec après leurs études. On pense aussi au partenariat Borealis AI–Mitacs qui fait de la formation et de la rétention de talents sa mission principale, question de freiner l’exode à l’étranger des meilleurs chercheurs du pays dans le domaine de l’IA.

LA RELÈVE ET LES TALENTS INTERNATIONAUX

Pour soutenir la demande dans les années à venir, il est impératif de stimuler la relève technologique au Québec afin d’encourager nos jeunes à suivre la voie des STIM au niveau des études supérieures.

Plusieurs initiatives s’adressent à eux, comme le fameux programme des Expo-sciences qui invite les jeunes à oser la science depuis plus de 60 ans déjà, ou encore les camps Découverte Techno et IA offerts par Prompt et ses partenaires. La supergrappe Scale AI met également la main à la pâte avec un programme de sensibilisation conçu spécialement pour les jeunes et visant à les renseigner sur l’intelligence numérique et les STIM.

Les bourses d’études sont aussi un excellent moyen d’attirer les talents en IA. L’Institut en intelligence et données (IID) de l’Université Laval vient d’ailleurs d’annoncer quatre nouvelles bourses couvrant tous les cycles et s’adressant même aux étudiants étrangers. De son côté, l’UQÀM vient de créer le nouveau Fonds pour les femmes en science afin d’octroyer des bourses aux étudiantes à la maîtrise et au doctorat, lesquelles sont sous-représentées dans les sciences aux cycles supérieurs.

Si la formation de la relève s’échelonne sur plusieurs années, il faut également considérer les besoins en main-d’œuvre à court terme. Et pour les combler, l’apport des travailleurs étrangers demeure un sujet hautement d’actualité au pays, notamment en raison du vieillissement de la population et du faible taux de natalité, mais aussi car les entreprises d’ici ont de la difficulté à recruter de la main-d’œuvre dans les secteurs de pointe.

Le recrutement de talents à l’étranger fait donc déjà partie des stratégies adoptées au Québec, et des organismes comme Montréal International et Québec International en font l’une de leurs spécialités. Comme de nombreux postes sont à pourvoir dans les domaines de l’IA, des TI et des effets visuels, notamment en raison du boom techno qu’a engendré la pandémie, le gouvernement du Québec fait aussi sa part en lançant un programme pilote d’immigration pour attirer les talents internationaux.

Cela dit, la reconnaissance des compétences, les coûts liés aux démarches d’immigration ou encore l’apprentissage du français peuvent être un obstacle à leur rétention. Québec a donc décidé d’accorder 246,1 M$ dédiés à une meilleure intégration des immigrants au marché du travail d’ici 2025-26 ainsi qu’à l’attrait et à la rétention des étudiants étrangers.

Reste à savoir si toutes ces initiatives porteront fruit, mais le Québec ne doit pas manquer le bateau afin de renforcer sa position de chef de file mondial en IA et d’affronter la concurrence mondiale.

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