LA TECHNOLOGIE AU CHEVET DES PATIENTS À DOMICILE

L’essor fulgurant des outils de surveillance médicale à distance et de la téléconsultation.

Depuis le début de la pandémie, les soins à domicile deviennent plus compliqués. Car les malades chroniques et autres personnes nécessitant des visites régulières ne sont pas mis sur pause et les mesures de distanciation sociale n’aident pas leur suivi. Une situation propice à la mise en place accélérée de solutions technologiques visant à faciliter les soins de santé, un marché dont les prévisions étaient déjà très bonnes avant la crise sanitaire.

Un marché en croissance

L’organisme américain Verified Market Research prévoyait fin 2019 que le marché mondial des applications pour les soins d’urgence passerait de 312 M$ en 2017 à plus de 6.000 M$ en 2026. Ces outils, qui permettent aux patients de communiquer facilement avec le personnel soignant, sont boostés par le développement des réseaux 3G et 4G et la pénétration croissante des smartphones accroît leur potentiel. 

Parmi les gros acteurs de ce secteur, l’entreprise montréalaise AlayaCare créée en 2014, est leader au Canada dans le secteur privé des soins à domicile avec 70% des parts de marché. Elle fournit aux agences de soins un logiciel basé sur le nuage et une application mobile permettant de gérer l’intégralité des relations avec le client, depuis la prise de rendez-vous jusqu’au suivi. Aujourd’hui, son système couvre 10 millions de visites à domicile par mois dans le monde car la société est également leader en Australie et très présente aux Etats-Unis, des pays touchés comme le Canada par le vieillissement de la population.

“Ce qui nous distingue, c’est que nous fournissons une solution de bout en bout, qui intègre les soins en face à face et virtuels et la surveillance à distance grâce à l’intelligence artificielle et l’optimisation, précise Adrian Schauer, fondateur et CEO de la société. L’intelligence artificielle nous permet notamment d’optimiser les horaires et circuits des personnels soignants, mais aussi de prédire quels patients risquent de mal évoluer”.

Avec le logiciel d’AlayaCare, les patients atteints de maladies chroniques peuvent prendre leurs signes vitaux chaque jour. À partir de ces données et des informations de leur dossier clinique, le système prédit si l’un d’eux risque de devoir aller à l’hôpital et déclenche des alertes auprès du personnel de santé.

Une accélération avec la pandémie

Depuis l’éclosion de la pandémie de COVID-19, la transition s’est accélérée vers une virtualisation des soins de santé à domicile selon Adrian Schauer : “Avant la pandémie, 98% des soins fournis en utilisant notre logiciel étaient en face à face, explique l’entrepreneur. Nous avions déjà un volet de surveillance à distance et de télésanté mais ils étaient peu utilisés. Depuis trois semaines, tout le monde est intéressé!”

La société a développé les consultations en visioconférence et offre notamment un nouvel outil de dépistage électronique permettant d’évaluer le risque d’infection à la COVID-19 des patients et des fournisseurs de soins avant les visites en face à face. En cas de contamination de l’un d’eux, toute la chaîne peut être remontée.

L’entreprise enregistrait déjà une croissance annuelle de 80%. La crise n’est pas propice à l’augmentation de son portefeuille de clients car les agences sont trop débordées pour repenser leur système, mais Adrian Schauer est très optimiste. “La pandémie va changer de phase et il y aura un fort besoin de surveillance à domicile des patients atteints de la COVID-19 car 80% d’entre eux n’auront pas besoin d’aller à l’hôpital. Il faudra les suivre chez eux et évaluer leurs symptômes au jour le jour. Sans compter les malades chroniques et les populations à risque, qui seront beaucoup soignés à domicile pour ne pas risquer d’être contaminés”, selon l’entrepreneur. 

Le plus grand challenge d’AlayaCare est peut-être de convaincre le système public québécois, qui ne dispose pas de systèmes aussi performants d’après Adrian Schauer. Le paradoxe : leader sur le marché canadien, la société montréalaise ne réalise que 1% de son chiffre d’affaires au Québec. 

Crédit Photo : AlayaCare 

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