[ENTREVUE] "CIBLER LE BON TRAITEMENT POUR LE BON PATIENT"

[ENTREVUE] "CIBLER LE BON TRAITEMENT POUR LE BON PATIENT"

Nous avons posé six questions à Christian Dansereau, le fondateur et PDG de Perceiv AI.

Une entrevue qui fait suite à l’annonce d’un nouveau projet dont nous faisions état la semaine dernière et qui vise à développer un nouvel outil de médecine de précision, soit un biomarqueur numérique utilisant l’intelligence artificielle dans les essais cliniques cardiovasculaires.

CSIA: Quelles sont vos principales motivations ?

CD: Notre objectif par rapport à la médecine de précision, est d’améliorer l’efficacité des traitements disponibles sur le marché. En ciblant les patients les plus appropriés, il est possible d’accélérer les essais cliniques, ainsi que l’efficacité d’un médicament. Autrement dit, c’est de mieux cibler le bon traitement pour le bon patient au bon moment.

Notre motivation vient aussi du fait que les maladies complexes comme les maladies cardiovasculaires ou de l’Alzheimer touchent énormément de gens. Avec le vieillissement de la population, cela risque de devenir un enjeu majeur. Il faut découvrir des médicaments plus adéquats. Il va falloir qu’on change les choses parce que le modèle actuel «one-size-fits-all » -soit de traiter les gens avec la même thérapie – ne peut pas fonctionner. Il faut avoir une approche plus ciblée pour traiter les patients.

CSIA: Quel est l’impact de ce biomarqueur digital ?

CD: C’est un outil basé sur l’intelligence artificielle. L’idée derrière cela, c’est de combiner plusieurs sources d’informations qui sont normalement acquis durant les essais cliniques.

On se retrouve avec une manne d’informations venant de différentes sources dont l’imagerie, les échantillons sanguins, la génétique ou l’information clinique sur le patient. Cet algorithme va combiner ces sources d’information pour obtenir une vue plus holistique du patient. Ainsi, nous pouvons mieux prédire son évolution dans le temps.

CSIA: Cet outil joue-t-il un rôle important pour le médecin ?

CD: Le support de l’intelligence artificielle sous forme d’un biomarqueur digital permet au médecin d’identifier l’information pertinente en l’aidant à prendre de meilleures décisions quant aux traitements qui ont le plus de chances de succès ainsi que de suivre la progression du patient. Pour l’instant, on se concentre sur les essais cliniques et le milieu pharmaceutique. Ultimement, on veut que ces outils se retrouvent dans le milieu clinique et dans les mains des médecins.

CSIA: Quels sont les défis liés à votre innovation ?

CD: Les problèmes auxquels on s’attaque sont très complexes. L’humain a beaucoup de complexités individuelles. Les patients n’évoluent pas à la même vitesse ni de la même manière. C’est un enjeu. Car deux personnes qui se retrouvent dans un essai clinique comme étant similaires risquent de ne pas connaître ni la même progression ni la même réponse aux traitements. Notre innovation exploite les relations complexes entre les données médicales du patient et la réponse au traitement. Cela permet de prédire quels patients sont les plus susceptibles de bénéficier d’un traitement expérimental dans un essai clinique.

CSIA: Est-ce encore le financement qui est le nerf de la guerre ?

CD: Cela demande énormément d’expertise à la fois du côté technique et médicale. Il faut des équipes multidisciplinaires et très qualifiées pour entamer notre travail. Nous fonctionnons pour le moment avec une équipe réduite. Effectivement, pour répondre à votre question, cela prend du capital pour grossir cette équipe. On commence justement une ronde de financement, ce mois-ci, qui soutiendra nos efforts pour les prochaines années. L’avantage, en période de pandémie, c’est que nous pouvons parler plus facilement à des investisseurs étrangers.

CSIA: Quelle est votre plus grande fierté ?

CD: C’est une grande fierté de collaborer avec des partenaires majeurs comme le docteur Jean-Claude Tardif du Centre de recherche de l’Institut de cardiologie de Montréal (ICM) et la Dre Fouzia Laghrissi-Thode, PDG De Dalcor phamaceutiques ainsi que d’avoir le support du Dr Yoshu Bengio, fondateur du Mila qui est notre conseiller scientifique. Nous avons la chance d’être supporté par le consortium de recherche biopharmaceutique (CQDM). Pour nous, cela représente un beau vote de confiance qui nous motive énormément. Cependant, ce qui nous motive le plus c’est d’apercevoir une lueur d’espoir dans l’amélioration de ces maladies dévastatrices qui enlèvent des êtres chers à leurs familles.

Propos receuillis par Annie Bourque pour CScience IA.

Photo: Christian Dansereau / Perceiv AI

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