VALORISER LES DONNÉES POUR DES FERMES PLUS VERTES ET PROFITABLES

VALORISER LES DONNÉES POUR DES FERMES PLUS VERTES ET PROFITABLES

L’industrie agroalimentaire québécoise devra faire face à d’importants défis dans les prochaines années. La préservation de l’environnement et la compétition internationale liée à la mondialisation préoccupent plusieurs producteurs d’ici. Certains d’entre eux optent pour la valorisation des données et l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) afin d’affronter ces tribulations.

Fondée en 1999, l’entreprise Ro-main, spécialisée en solutions agrotechnologiques, a fait le virage vers la collection de données dix ans plus tard. En 2016, elle a intégré ses premiers modèles d’IA dans ses opérations et propose aujourd’hui deux systèmes conçus pour son secteur de prédilection : l’industrie porcine.

Fils d’un des co-fondateurs, Jacquelin Labrecque explique comment l’IA permet aux producteurs d’en faire plus avec moins.

«Notre premier système se sert de l’observation du comportement animal, à l’aide de caméras et d’autres capteurs, afin de prédire le moment idéal pour inséminer les truies. Cela permet de faire une seule tentative d’insémination, plutôt que la norme qui est deux ou trois essais. On obtient aussi de meilleurs résultats, avec plus de porcelets par portée. Nous avons un second logiciel qui aide les producteurs avec la pénible tâche du comptage des bêtes, encore une fois grâce à différents outils de captage », souligne-t-il.

De plus, des inséminations supportées par l’IA signifient une réduction de matériel vétérinaire en plastique à usage unique et moins de stress pour les truies.

Pour se démarquer face à la compétition dans cette industrie qui se mondialise, les fermes porcines au Québec se rassemblent et se concentrent depuis la dernière décennie, créant ainsi des installations de plus en plus massives et demandant toujours davantage de ressources en ce qui a trait à la collecte de données, observe M. Labrecque.

En effet, certaines maternités, là où l’on insémine les truies et où elles mettent bas, comptent parfois jusqu’à 2400 bêtes porteuses. Des dizaines de milliers de porcelets peuvent y voir le jour chaque année, indique ce dernier. Cela demande une gestion des données faramineuse.

« L’IA en agroalimentaire n’est pas là pour remplacer l’être humain, mais plutôt lui permettre d’avoir une bonne idée de ce qui se passe dans ses installations. Par exemple, pour savoir si un porc est malade, il faut aller le voir, observer son poids et sa couleur. La technologie peut être nos yeux et nos oreilles dans la ferme », insiste M. Labrecque.

Du meilleur lait aux serres plus vertes

Les fermes laitières aussi profitent d’un coup de main de l’analyse des données.

Le réseau canadien Lactanet, dont fait partie l’entreprise Valacta, compte sur l’expertise de René Lacroix, un doctorant de l’Université McGill en génie agricole.

Grâce à de l’échantillonnage de 15 composantes chimiques dans le lait de vache, la compagnie est capable d’améliorer la qualité du produit final.

« On contrôle surtout pour le taux de gras, car c’est là que le profit se trouve pour les producteurs », note M. Lacroix.

Celui-ci croit que l’IA est désormais incontournable pour l’industrie laitière. « On observait déjà de très grandes masses de données à analyser dans ce secteur lorsque je travaillais à McGill il y a 15 ans, ce qu’on appelait l’ « infobésité ». Aujourd’hui, c’est vraiment trop d’informations à suivre pour les êtres humains. »

Par ailleurs, le domaine des technologies agricoles innovantes est en pleine explosion dans la province, indique Marilou Cyr, directrice chez Zone Agtech.

Pépinière de savoir, d’entrepreneuriat et d’innovations, la Zone Agtech, située dans la MRC de L’Assomption au Québec, est une zone géolocalisée dédiée qui regroupe l’ensemble de l’écosystème pour propulser la nouvelle agriculture.

« On compte désormais entre 200 et 300 de ces « start-up » au Québec », dit Mme Cyr.

Se concentrant surtout dans le domaine du végétal, la Zone Agtech développe jusqu’à ce jour des solutions de serres en environnement contrôlé, incluant de l’IA pour moduler l’éclairage, en plus de systèmes CVC (chauffage, ventilation et climatisation ) intelligents, et de tracteurs autonomes.

Le défi du vivant

En forte demande et stimulant, le secteur de la valorisation des données en agriculture attire un grand nombre de finissants dans le domaine du numérique.

« De plus en plus de jeunes se consacrent à l’agroalimentaire parce qu’ils veulent changer le monde et avoir un impact concret. Les changements climatiques et les enjeux de sécurité alimentaire les touchent beaucoup et l’intelligence artificielle ouvre la porte à de belles innovations », souligne Mme Cyr.

Tous s’accordent pour dire que l’IA dans le secteur agricole pose d’importants défis, surtout au niveau de la complexité des données à gérer, un « challenge » que certains aimeront sans doute relever.

« Ce n’est pas la même chose que les transactions d’information habituelles. Les biotechnologies, c’est beaucoup plus compliqué », affirme M. Lacroix.

« La nature ne cessera jamais de nous surprendre », conclut M. Labrecque.

Crédit Photo: Pexels/Brett Sayles

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