Thales mise sur l’IA pour repenser l’organisation du travail en entreprise

Le vice-président du secteur stratégie, recherche et technologie de la branche canadienne de Thales, Siegfried Usal, nous dévoile des projets en intelligence artificielle (IA) de l’entreprise qui ont le potentiel de redéfinir notre notion même du travail.

Que ce soit dans les hôpitaux, sur des rails ou dans les airs, il y a de bonnes chances que vous croisiez un jour un algorithme développé par Thales.

La multinationale est aujourd’hui présente dans 68 pays autour du monde, incluant le Canada, où elle compte plus de 2 300 employés. Son expertise est large; elle touche les secteurs de l’aéronautique, de l’espace, des transports terrestres, de l’identité et de la sécurité numériques et de la défense.

Ses produits, des solutions technologiques diverses employant parfois l’IA, proposent de faciliter le travail de ses clients, entre autres grâce à ce que M. Usal nomme « des agents intelligents ».

« Nous développons ce qui sera à notre avis la prochaine génération d’IA. Ce sont des machines qui collaborent avec les humains afin de les conseiller dans la prise de décision », souligne le vice-président.

Ce dernier explique que plusieurs des projets en cours chez Thales assemblent l’expertise humaine avec l’apprentissage machine, afin d’alléger la lourdeur des tâches et d’améliorer l’efficacité des « opérateurs ».

Siegfried Usal, vice-président marketing et recherche chez Thales Canada.

L’IA prédictif

M. Usal prend en exemple un contrat accordé par le gouvernement de la ville de Mexico City, afin de mettre en place un système de surveillance vidéo en renfort aux services de police locaux. Près de 15 000 caméras et capteurs ont été installés à la grandeur de la ville afin de nourrir un système de prédiction du crime.

« Avec les données collectées, les policiers peuvent effectuer une meilleure gestion de leurs ressources. Ceux-ci se rendent dans les zones à risque de la ville, là où l’on prévoit que des crimes auront lieu. On note depuis une réduction du temps de réponse des policiers de 50 % et une baisse du crime de 30 % », assure le vice-président.

Diagnostics médicaux affinés et prédictifs, rames de métro toujours à l’heure, pilotes de ligne plus à l’affût : autant d’avancées qui promettent de faciliter la vie des travailleurs grâce à cet esprit collaboratif, selon ce dernier.

Mais à quel prix?

Doit-on craindre la présence de plus en plus grande accordée aux algorithmes d’IA?

«Il est important qu’il y ait un niveau de traçabilité, pour connaître par exemple la source d’une erreur» Siegfried Usal


De plus, ce dernier insiste sur le fait que les produits de Thales sont développés par ses ingénieurs avec un principe de clarté en tête : le « TrUE AI ».

« On s’efforce d’intégrer les concepts de transparence, d’intelligibilité et d’éthique dans nos solutions. Il faut que l’on puisse expliquer l’algorithme, ce qui se passe dans la « boîte noire ». Il est important qu’il y ait un niveau de traçabilité, pour connaître par exemple la source d’une erreur », indique-t-il.

Changement de paradigme dans le monde du travail

Si le vice-président de Thales pense que le processus d’éducation et de mise en confiance des travailleurs quant à l’IA est déjà lancé, cela ne risque pas de se faire du jour au lendemain.

C’est du moins ce que croit Jonathan Durand Folco, professeur à l’École de l’innovation sociale de l’Université Saint-Paul à Ottawa.

« Dans certains secteurs, le problème de la responsabilité sera difficile à dénouer. Cela va prendre du temps pour que l’on puisse déléguer complètement aux machines, notamment dans le domaine biomédical ou en sécurité », affirme-t-il.

L’expert constate que la tendance des algorithmes collaboratifs est bien là pour de bon.

«Cela va prendre du temps pour que l’on puisse déléguer complètement aux machines, notamment dans le domaine biomédical ou en sécurité » – Jonathan Durand Folco

Par ailleurs, s’il est heureux que les concepts de clarté et d’éthique soient incluent dans la conception des algorithmes chez Thales, l’expert préconise l’instauration de régulations en la matière.

« Nous ne devrions pas accorder d’emblée notre confiance aux multinationales. Il est important d’examiner l’enjeu de la responsabilité des entreprises vis-à-vis leurs algorithmes. Nous avons besoin de la mise en place de lois et d’observatoires indépendants dans ce domaine », conclut-il.

Quelques projets de Thales au Canada
  • Assistants médicaux à distance : L’entreprise développe une technologie pour aider les experts du milieu médical à effectuer des diagnostics dans les régions éloignées, telles que le Grand Nord québécois.
  • Éboueurs spatiaux : Une solution de Thales pour gérer les millions de débris spatiaux produits par l’industrie des satellites. Selon l’Agence spatiale européenne, on estime à 128 millions le nombre d’objets entre 1 mm et 1 cm qui orbitent autour de la Terre.
  • Cybersécurité  : Les véhicules autonomes parcourent à peine les rues de la Silicon Valley, que des pirates informatiques cherchent à exploiter leurs systèmes. La protection des infrastructures, incluant celles des véhicules autonomes électriques, est un problème à l’étude dans les labos de Thales.
  • En sécurité dans les airs : Thales repense ce qui se passe dans les cockpits des vols commerciaux. Grâce à un suivi numérique fait à partir de « smartwatch », l’entreprise veut améliorer le niveau d’attention des pilotes de ligne et ainsi minimiser l’erreur humaine. De plus, la multinationale propose la création d’essaims de drones pour assurer la sécurité aérienne dans les aéroports.

Crédit photo:Pexels/cottonbro

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