Quel est le sixième continent de la planète selon Benard Pivot ?

L’informatique et les progrès scientifiques que cette science a engendrés forment ce que notre très cher Bernard Pivot nomme le sixième continent de la planète. Une terre d’espoir, une terre d’asile et tout particulièrement pour la génération qu’il représente : une terre inconnue ! D’où l’expression amusante d’Albin Michel « l’âge Pivot », apposée sur son nouvel ouvrage !

« Les progrès scientifiques ont été tels que j’ai l’impression d’avoir changé non d’époque, mais de monde. »

Bernard Pivot

En 1973, Benard Pivot anime « Ouvrez les guillemets », une émission culturelle sur la littérature. L’année suivante, il lance « Apostrophes » qui suscita un grand enthousiasme jusqu’en 1990, après 724 numéros. Puis, M. Pivot se consacre à « Bouillon de culture » qui traite de l’actualité littéraire, de cinéma et de théâtre. Il quitte cette dernière émission en 2001 au grand dam de ses fidèles téléspectateurs. On le connaît également pour sa fameuse dictée et son amour pour l’orthographe.

À l’âge de 86 ans, Benard Pivot nous enseigne que la vie continue avec tous les changements qui la façonnent. Il parle de sa génération et décrit comment les objets technologiques deviennent de plus en plus envahissants et semblent faire preuve d’effronterie à son égard. En février dernier, il écrit cet ouvrage : « … mais la vie continue », publié chez Albin Michel. Voyons comment il décrit l’adaptation des aînés face à la technologie environnante.

Bernard Pivot et François Mitterrand dans l’émission “Apostrophes” © PECCOUX/SIPA

L’EFFRONTERIE DES TECHNOLOGIES

Bernard Pivot explique comment il se sent bousculé par l’informatique. Il écrit ceci : « Non seulement tout est d’accès compliqué, mais l’informatique nous traite de haut en exigeant de nous des mots de passe. Ils sont refusés alors qu’on les croyait bons. Si vous avez oublié votre mot de passe… Est une formule humiliante qui me jette dans des acrobaties techniques au terme desquelles, excédé, honteux, vexé, n’étant arrivé à rien, je ferme avec rage mon ordi ».

« Très rares sont les vieux qui savent se diriger dans le maquis des logiciels, des pixels, des octets, de Bluetooth, des algorithmes, des cookies ».

Bernard Pivot

Il poursuit en écrivant ceci : « Comme moi, ils s’en servent sans y rien comprendre. Il y a une incapacité de notre encéphale à entrer dans une machinerie aussi étrange que le moteur à explosion pour la tribu amérindienne des Bororos ».

Bernard Pivot, © Wikipédia

ÉLOGE DE LA LENTEUR ET FASCINATION POUR LA VITESSE

Alors que la génération de M. Pivot prend peu à peu plaisir à accepter la lenteur des choses, l’informatique est perturbante. L’auteur nous confie ceci à travers son personnage : « L’informatique est le sixième continent de la planète. Les nouvelles générations en sont les habitants naturels. Elles s’y sentent à l’aise, se jouent de toutes ses complexités et en utilisent toutes les possibilités, alors que nous, septu, octo et nonagénaires, en sommes les immigrés, les sans-papiers ni compétences, et campons à la périphérie du cyberespace. »

Plus loin, l’auteur décrit ses mains malhabiles : « Sur les claviers de l’ordinateur, de l’iPad et du téléphone mobile, mes doigts ne sont plus aussi sûrs et rapides que naguère. »

Un clivage semble alors se créer entre les générations, même si la fascination est générale : « L’informatique s’est installée tard dans nos vies…. C’est commode j’en conviens, et je suis baba devant la rapidité, pour ne pas dire la simultanéité des échanges ».

LUTTE CONTRE L’ILLUSION D’OMNISCIENCE VIA GOOGLE

Mais il faut rappeler aussi que pour un passionné de la culture, Google peut représenter un outil assez extraordinaire ! Or, M. Pivot nous met bien en garde. Google ne nous donne que l’illusion d’être omniscients.

Le protagoniste du roman, et ses acolytes ont d’ailleurs décidé de lutter contre cette illusion : « Pourquoi ne pas abréger nos séances de torture mémorielle en consultant Google sur nos smartphones ? Parce que, d’un commun accord, nous en avons interdit l’usage pendant nos repas et nos réunions. Si nous, à notre âge, ne donnons pas l’exemple de la politesse, qui le fera ? Il faut faire travailler nos méninges, et les techniques modernes et communications, si admirables soient-elles, encouragent la paresse des neurones. Notre santé mentale doit être une priorité absolue. »

LES BUGS COMME DES AVC

Avec humour, l’auteur nous explique la frustration et le sentiment d’impuissance devant les bugs informatiques. Il nous confie ceci : « Parfois tout se dérange. Mes messages ne partent plus. L’imprimante n’imprime plus. Ou l’accès à Google est devenu impossible. …. Le bug est un AVC des appareils électroniques. Il est moins grave que chez l’homme. Mais trop fréquent, trop perturbant, il peut provoquer un AVC chez le vieil homme fragile. »

Sources:

… Mais la vie continue – Bernard Pivot (albin-michel.fr)

Photo vedette : ©Capture d’écran/INA, Bouillon de culture du 29/09/1995/ France 2.

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