COVID-19 : Les Canadiens favorables aux applications de traçage sans les comprendre

Les Canadiens sont généralement d’accord avec l’utilisation obligatoire des applications de traçage pour les personnes infectées par la COVID-19, même si ceux-ci ne connaissent pas bien les outils du numérique et craignent l’intelligence artificielle (IA).

C’est l’une des conclusions d’un rapport récemment publié par l’Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’IA et du numérique (OBVIA) de l’Université Laval.

Effectivement, selon l’étude la moitié (50,2 %) de la population est en faveur d’une utilisation obligatoire d’une application de traçage pour les personnes infectées par la COVID-19, tandis que le tiers des personnes sondées (32,6 %) se disent en désaccord avec la même proposition.

Les données proviennent de deux vagues de sondages menées à l’été 2020, comprenant chacune 2500 répondants âgés de plus de 18 ans.

Chaque vague compte 1500 répondants québécois et 1000 autres provenant du reste du Canada.

Fait étonnant, le manque de compréhension des univers du numérique et de l’IA semble avoir un effet inverse, car plus une personne avec un faible taux de compétence numérique se méfie de l’IA, plus grandes sont ses chances d’approuver l’utilisation d’une application de traçage.

« L’appui ou l’opposition aux applications de traçage ne semble pas déterminé par des attitudes envers les technologies et l’IA » Fondements de l’acceptabilité sociale des applications de traçage en temps de pandémie, OBVIA

« Pour les individus les plus sophistiqués, la relation prend la forme attendue : une hausse du niveau de méfiance se traduit par une baisse de l’appui aux dispositifs de traçage », soulignent les chercheurs Yannick Dufresne, David Dumouchel et William Poirier.

« Toutefois, la relation inverse est significative pour les moins sophistiqués : une hausse du niveau de méfiance envers l’IA est corrélée à une hausse de la probabilité d’appui aux dispositifs de traçage », poursuit-on dans l’étude.

Les chercheurs notent que la deuxième relation est « curieuse et témoigne potentiellement d’une mécompréhension fondamentale de la nature des applications de traçage parmi les moins sophistiqués numériquement de la société ».

En effet, cette « mécompréhension » de l’IA et des outils technologiques qui en dépendent est ironique, croient les chercheurs, puisque les applications de traçage dépendent elles-mêmes des technologies de l’IA et de la collecte des données personnelles.

ANONYMISATION DES DONNÉES

Le rapport révèle aussi que la crainte sanitaire augmente l’acceptabilité sociale des applications de traçage.

De plus, ces applications reçoivent davantage l’approbation de la population lorsqu’elles sont élaborées par une équipe universitaire, plutôt que celle d’une entreprise privée.

Autre fait notable, les personnes sondées étaient plus en faveur d’une application de traçage si son installation n’est pas obligatoire et si les données collectées sont anonymisées.

« On peut par conséquent se demander, lorsque les répondants disent vouloir d’une application anonymisée et à l’installation volontaire, si de tels choix témoignent d’une mécompréhension des mécanismes qui assurent l’efficacité d’un dispositif de traçage ou, au contraire, d’une volonté réelle de protéger les droits et les libertés individuels des citoyens, quitte à affaiblir les outils technologiques mobilisés dans la lutte à la pandémie », s’interrogent les chercheurs.

Ce résultat est cependant facile à comprendre et sans doute le résultat de la couverture médiatique des nombreux scandales concernant la collecte insidieuse de données durant les dernières années, comme celui de Cambridge Analytica, anticipent les auteurs de l’étude.

Crédit photo: Pexels/Samson Katt

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *