[LES GRANDES ENTREVUES DE L’ÉTÉ] REYJIN, UNE MARQUE MONTRÉALAISE QUI MÊLE IA ET TEXTILE.

Marque de vêtement sportif montréalaise, Reyjin s’attelle à construire des passerelles entre l’industrie textile et le domaine des nouvelles technologies. Leur objectif : développer des concepts forts afin de devenir une référence dans l’univers des vêtements intelligents. CScience est allé à la rencontre d’un des créateurs de la marque, Jérôme Reynaud.

C’est quoi “Reyjin”, et quel est le lien avec l’IA?

Reyjin, est une marque axée sur la rigueur et la discipline des arts martiaux que j’ai fondée avec mon jeune frère. Quand on a découvert le milieu du textile intelligent, on a décidé de s’y mettre! La place de l’IA dans la compagnie est aujourd’hui principalement liée à son projet de recherche de vestes thermorégulées. On a d’abord ciblé certaines industries, comme Air France KLM, pour essayer de comprendre l’environnement de travail du personnel travaillant sur le tarmac, notamment pendant la période hivernale. On a fait des croisements de données et on a développé cette fameuse veste.

Reyjin

Crédit : Marie-Josée Doutre et Mark-Antoine Thibodeau-Breault


Quel est le lien entre IA et textile?

Il y en a plusieurs! Avant les années 2000, Montréal était la troisième plus grande ville avec New York et Los Angeles dans le textile. En Amérique du Nord, c’est une ville majeure dans ce domaine! Aujourd’hui, quelques compagnies tendent à lier l’IA avec le domaine de l’industrie textile (on parle de l’industrie 4.0) et dans l’ensemble des étapes de la construction d’un vêtement. De la fibre, c’est-à-dire de la confection de la matière première, jusqu’à l’industrialisation du produit fini. Mais aussi dans le domaine de la gestion, dans l’optimisation de la réalisation des produits, et dans la possibilité de pouvoir faire des intégrations à l’intérieur des vêtements… Là, on entre dans un cadre un peu plus précis de l’industrie textile : le vêtement intelligent.

Qu’est-ce qu’un « vêtement intelligent » ?

Le premier vêtement intelligent (ou dans lequel il y avait de l’électronique) n’est pas si récent que ça! La première demande de brevet déposée aux États-Unis pour une veste chauffante remonte au début des années 40. Les soldats qui allaient au front dans des conditions extrêmes étaient équipés d’une veste qui fonctionnait à l’aide d’une grosse batterie de tracteur mise dans un sac à dos. Le concept était quand même très similaire à ce qui existe aujourd’hui! La seule différence, c’est qu’aujourd’hui, un vêtement est capable de capter les données biométriques. Jusqu’en 2015-2016, la plupart des entreprises se contentaient de faire la lecture de ces informations, biométriques ou météorologiques.

Et comment Reyjin intègre ça ?

En faisant un croisement de données! En utilisant les données internes, biométriques, avec des données externes, météorologiques. Grâce au machine learning et au croisement de données, on peut créer une échelle de confort, et à termes, notre système sera capable de se thermoréguler. Là, on entre encore plus dans le domaine de l’intelligence artificielle. Plus l’usager va utiliser son vêtement et plus l’intelligence va apprendre de l’usager. À ce point, ça devient très intéressant.

Yannick Reynaud

Qu’est-ce que les IA peuvent apporter de positif dans la production de vêtements ?

Une meilleure gestion de la chaîne et une meilleure gestion des ressources humaines ! Comment mieux produire, éviter les pertes, mieux consommer aussi. Comment faire de la production de manière plus écoresponsable. Il y a une portion de développement durable qui est très importante là-dedans et qui touche tout ce qui est textile organique. C’est le côté très positif de l’apport de l’IA dans ce domaine.

À quoi devrait ressembler le vêtement de demain?

Le vêtement du futur ressemble aux vêtements d’aujourd’hui! C’est-à-dire à quelque chose d’hyper épuré, et où toute la technologie est intégrée, fondue dans les fibres. Quasi imperceptible. Aujourd’hui c’est l’un des plus gros défi! Être capable de rendre cette technologie quasi inexistante, imperceptible, et avec comme objectif d’optimiser le confort. Mais il y a tellement de possibilités d’application. Je pense notamment au domaine médical. On est aujourd’hui capable de diagnostiquer un patient grâce à un vêtement spécifique. Le vêtement permet de connaître certaines informations, et d’opérer un suivi constant du patient. Un patient qui porterait un T-shirt intelligent serait en mesure de transmettre directement de l’information à son médecin, notamment certains éléments déclencheurs, comme un arrêt cardiaque ou autre. On serait capable de le savoir tout de suite, autant auprès du service des médecins, que de celui des urgences. Ce sont des choses qui sont déjà travaillées en Europe et aux États-Unis.

Quelles sont les limites?

L’IA, c’est très intéressant et il y a un très gros potentiel! Mais la question de l’éthique se pose. Très vite, chez Reyjin, on s’est rendu compte du nombre d’informations et surtout du type d’informations que l’on captait… On s’entend que les données, aujourd’hui, c’est d’une grande valeur marchande. Toutefois, je pense que cette information ne devrait l’être en aucun cas. Elle ne doit être utilisée que dans une optique d’amélioration du produit et d’amélioration du confort. C’est la philosophie de Reyjin, qui assure de toujours préserver cette éthique-là.

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