Une entreprise veut faire entrer les algorithmes dans la cabine de pilotage

L’aviation est une industrie qui se mesure en millions de dollars. Que ce soit les appareils de vol, les aéroports et les systèmes de simulation pour l’entraînement, peu de choses sont abordables dans ce secteur. L’intelligence artificielle (IA) pourrait changer la donne en réduisant les coûts par un ordre de grandeur inespéré, selon des innovateurs montréalais.

Entre en scène Paladin AI : une entreprise fondée par un duo père-fils, Adolfo et Mikhail Klassen, qui souhaite tirer profit des données d’aviation pour mieux préparer les futurs pilotes.

« J’ai été directeur de la technologie au sein de l’entreprise en aviation CAE et je dirigeais la conception de simulateurs de vols et d’outils très complexes, mais qui ne faisaient pas appel au pouvoir des données », explique Adolfo Klassen.

Celui-ci y voit donc une occasion ratée.

C’est pourquoi l’expertise de son fils dans le domaine de la science des données a alors été mise à contribution. Ceux-ci ont ainsi créé InstructIQ, une plateforme web et mobile pour la formation adaptative des pilotes.

Les instructeurs de vol peuvent ainsi installer l’application sur un iPad, tandis que Paladin AI fournit un petit ordinateur aux centres d’entraînement, afin de collecter les données de vol.

Grâce à ce système peu intrusif, les professionnels qui forment les pilotes ont accès à des rapports d’analyse, des outils de briefing et de debriefing, ainsi que des recommandations pour les prochaines sessions d’entraînement.

« Avec l’IA, nous pouvons comprendre le contexte du cours qui est donné et les habiletés qui sont mises à l’épreuve. De plus, d’autres algorithmes peuvent analyser le temps de réaction, les gestes qui ont été posés, si vous avez modifié la position des ailerons, si vous avez maintenu la même vitesse, et ainsi de suite. Cette multitude de petits détails, nous automatisons leur collecte afin de libérer du temps à l’instructeur », souligne Mikhail Klassen.

« C’est un peu comme s’il y avait une deuxième paire d’yeux dans l’environnement d’entraînement, sauf que le regard de la machine est plutôt porté d’un point de vue de la donnée » – Mikhail Klassen, cofondateur de Paladin AI

La beauté de l’IA tient aussi dans sa flexibilité selon les fondateurs de l’entreprise.

« On peut l’adapter à des contextes de vol différents et à des appareils divers », insiste Mikhail.

Que ce soit des avions à hélice, à réaction ou encore des hélicoptères, leur solution est en mesure de collecter toutes les informations pertinentes à la formation, assure-t-il.

LA RÉALITÉ VIRTUELLE CONTRE SIMULATEURS TRADITIONNELS

L’équipe de Paladin AI ne compte pas seulement sur les algorithmes et les données pour révolutionner le milieu de l’aviation.

La réalité virtuelle (RV) pourrait-elle aussi résoudre un problème de taille pour cette industrie : les coûts prohibitifs des appareils d’entraînement.

En effet, un simulateur de vol de haut calibre peut coûter entre 10 M$ et 20 M$, souligne Mikhail Klassen.

Cet enjeu a été cerné par les membres du secteur depuis quelques années maintenant.

Un article publié en 2019 par la revue spécialisée Aviation Today note que la RV de haute fidélité permettrait d’aider à la formation de milliers de pilotes dans l’industrie mondiale des hélicoptères, qui sera nécessaire pour répondre à une demande en flèche prévue au cours de la prochaine décennie.

Un simple casque de visionnement ne coûte pas plus cher que quelques centaines de dollars, et une fois que des dispositifs haptiques seront intégrés à l’équation, cette innovation numérique combinée à des outils comme InstructIQ surpasseront les modes traditionnels de formation de pilote, autant en ce qui a trait l’évaluation de la compétence, mais aussi du point de vue financier, assurent les fondateurs de Paladin AI.

Plusieurs acteurs du milieu misent donc sur les technologies du numérique pour résoudre les défis de demain dans les cieux.

Ainsi, l’an dernier, le commissaire européen des Tranports, Adina Vălean, a affirmé que l’IA sera un « allié clef » dans la poursuite des objectifs d’une aviation durable et de la croissance du nombre de passagers.

Effectivement, malgré la pandémie, l’Organisation de l’aviation civile internationale estime que la demande pour le transport aérien augmentera en moyenne de 4,3 % par an au cours des 20 prochaines années.

Si aujourd’hui plus de 100 000 vols commerciaux sont effectués chaque jour dans le monde, représentant ainsi plus de 400 départs par heure, la croissance prévue signifierait donc que d’ici le milieu des années 2030, pas moins de 200 000 vols par jour devraient décoller et atterrir autour du globe.

« Il faudra des solutions efficaces et rapides pour répondre à cette grande demande pour la formation. On ne pourra plus se passer de l’IA et des données de masse », anticipe Adolfo Klassen.

Crédit photo: Pexels/Rafael Cosquiere

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