De la technologie « Made In Québec » dans nos écoles

Depuis plus d’un an et demi, la réalité dans les écoles du Québec a été chamboulée. La pandémie a été un catalyseur pour la concrétisation de projets du numérique, qui quelques mois plus tôt aurait paru inconcevable. Mais l’apprentissage à distance a déjà cédé sa place au retour en classe en présentiel cet automne. La porte se referme-t-elle sur l’intégration du numérique en classe? Afin que cela ne soit pas le cas, un jeune organisme représentant les entreprises des technologies de l’éducation (EdTechs) québécoises propose d’explorer leurs solutions novatrices.

Créée en 2017, l’Association des Entreprises pour le développement des technologies éducatives au Québec (Edteq) rassemble à peu près une centaine de membres.

Du haut de cette expertise, celle-ci a récemment publié une étude à propos du secteur québécois des technologies éducatives dans lequel elle plaide pour la promotion des innovations dans les classes afin de s’attaquer à plusieurs problèmes.

Ainsi, l’écart entre les garçons et les filles pour l’obtention d’un diplôme, les difficultés d’apprentissage exacerbées par la pandémie, ainsi que la difficulté à recruter et à retenir le personnel enseignant sont tous des enjeux qui méritent des actions concrètes et immédiates auxquelles les solutions technologiques pourraient participer, note-t-on dans le rapport.

« Accroître la visibilité des entreprises québécoises dans les technologies éducatives est une des raisons pour laquelle Edteq a été créée », souligne Julie Pigeon, directrice générale de l’association.

D’autant plus que le marché québécois doit concurrencer avec les GAFAM dans certains secteurs. Pourtant, malgré leurs ressources, les solutions des géants du numérique ne sont toujours pas adaptées à la réalité des écoles d’ici, souligne Séverine Parent, professeure en technologie éducative et en littératie numérique à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR).

Mme Pigeon abonde dans le même sens, soulignant l’importance du fait français dans l’équation pédagogique québécoise.

Cette dernière ajoute que plusieurs organisations EdTech font aussi face à des défis financiers.

En effet, dans ce domaine, une entreprise sur cinq affirme ne pas avoir atteint le seuil des 25 000$ de chiffre d’affaires, tandis que d’autres font parfois plus de 1 M$, un écart surprenant, rapporte l’étude.

« Québec consacre 45 millions $ cette année à l’achat d’équipements numériques dans les 3 000 écoles primaires et secondaires du Québec, 20 millions $ dans les cégeps et 10 millions $ dans les universités. Un investissement de 15 millions $ est également prévu pour former le personnel enseignant dans les écoles primaires et secondaires, qui devra utiliser les nouveaux outils en classe » -Étude sur le secteur québécois des technologies éducatives, Edteq

AIDER LES PROFS ET LES ÉLÈVES

Parmi les attraits du numérique dans les classes, le soulagement des tâches pour les enseignants en est un particulièrement alléchant; d’autant plus que la pandémie et la pénurie de main-d’œuvre dans les établissements scolaires n’ont fait qu’alourdir le métier.

« Les solutions technologiques, en plus de soutenir les efforts pédagogiques, peuvent libérer les professeurs pour qu’ils passent moins de temps à faire de la correction par exemple. C’est automatisé avec les tests numériques », souligne Mme Pigeon.

En rendant la profession moins répétitive et laborieuse, l’association croit qu’on pourrait « accroître le personnel enseignant dans le secteur ».

D’autres outils, tels que ceux offerts par l’entreprise Optania, permettent d’aider à détecter le risque de décrochage scolaire chez les étudiants au niveau collégial.

Le numérique « ouvre la voie à de nouvelles façons d’enseigner », note la directrice. On peut penser à l’utilisation de la voix de synthèse ou encore de pictogrammes pour agrémenter les leçons. Ces outils font parfois toute la différence pour les élèves qui éprouvent des difficultés d’apprentissage, insiste-t-elle.

« La pandémie a fait en sorte que certains établissements scolaires sont enfin arrivés au XXIe siècle. Désormais, nous sommes aussi connectés dans nos vies que dans les écoles » -Séverine Parent, professeure en technologie éducative et en littératie numérique, UQAR

EFFICACE L’IA DANS LES ÉCOLES?

Et l’IA dans tout cela?

Les outils qui en sont issus sont-ils à la hauteur des attentes?

Il est encore trop tôt pour le dire, d’après Mme Parent.

« On ne peut pas encore affirmer que les technologies d’apprentissage assistées par l’intelligence artificielle ont fait leurs preuves du point de vue pédagogique, car elles ont été implantées très récemment », explique celle-ci.

Toutefois, le Québec n’est pas en reste en ce qui concerne l’intégration d’innovations dans les écoles, et ce tout au long du parcours scolaire.

La professeure rappelle que le gouvernement a adopté en 2018 un plan d’action numérique en éducation et en enseignement supérieur.

Celui-ci a poussé la mise en place de la robotique pédagogique, des laboratoires créatifs et l’adoption des tablettes numériques dans les classes.

Enfin, l’Edteq entrevoit que les autres technologies de pointe, incluant l’IA, seront de plus en plus assimilées dans les écoles de demain.

« Aux États-Unis, l’intelligence artificielle dans le secteur de l’éducation devrait dépasser une valeur marchande de 85 millions de dollars d’ici 2022 avec un taux de croissance annuel composé de près de 48% et cette tendance est similaire à l’échelle mondiale », anticipe l’association.

Crédit photo: Pexels/Max Fischer

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