COVID-19 : sauver les centres-villes avec les données

Réunis dans le cadre de la Conférence de Montréal 2021, qui s’est tenue le 16 septembre dernier, des experts en sciences des données et en urbanisme  veulent s’appuyer sur le concept de ville intelligente pour insuffler une nouvelle dynamique au centre-ville de Montréal, frappé de plein fouet par la pandémie.

« Avec les données, il est plus facile de cerner les problèmes à résoudre, souligne Monali Shah, directrice des solutions industrielles pour les villes intelligentes et la mobilité urbaine chez Google. En effet, les jeux de données nous permettent de recréer une jumelle numérique d’une ville et de simuler divers scénarios auxquels nous pouvons réagir plus rapidement. »

De fait, la numérisation des informations relatives aux citoyens, à leurs déplacements et à leurs comportements auprès des points de service dans un centre urbain favorise, considérablement, l’anticipation de leurs besoins.

Cela est essentiel dans un contexte où lesdits besoins ont radicalement changé depuis le début de la crise sanitaire, particulièrement dans les centres-villes.

Le cœur de Montréal n’a pas été épargné par la désertification engendrée par les multiples confinements, ainsi que l’engouement pour le télétravail, qui semble désormais installé pour de bon.

LE NOYAU DUR DE MONTRÉAL VACILLE

Selon le rapport L’état du centre-ville, publié en mai dernier, par L’Institut de développement urbain du Québec, « 76 % des 1000 personnes interrogées au premier trimestre 2021 souhaitaient travailler depuis la maison plus de la moitié de la semaine lorsque les mesures sanitaires auront été levées et que la majorité des personnes auront été vaccinées ».

Plusieurs compagnies ont déjà senti le vent tourner, décidant ainsi de quitter leurs bureaux du centre-ville.

Effectivement, dans le même document on note que le taux d’inoccupation des immeubles d’espaces à bureaux reste plutôt élevé.

En 2021, celui-ci s’élevait à 13 % en moyenne, tandis qu’avant la pandémie, en 2018, cette donnée avoisinait 9,4 %.

La situation est encore plus critique chez les commerçants, qui ont vu leurs magasins se vider de leur clientèle.

« Sur la rue Saint-Catherine, le taux d’inactivité commerciale atteignait 24 % au premier trimestre de 2021, comparativement à 18 % au deuxième de 2020 »-Rapport L’état du centre-ville, Institut de développement urbain du Québec

Les galeries marchandes ont aussi durement été frappées, accusant un taux d’inactivité de 34 % selon les plus récentes données.

La vie commerciale reste aussi moribonde dans les immeubles de bureaux et les gares où le taux d’inactivité atteint 45 % en 2021, en recul par rapport au pic de 54 % atteint en 2020.

INTELLIGENCE NUMÉRIQUE ET HUMAINE

Pour la panéliste de Google, cet exode des travailleurs des grands centres n’a pas que du mauvais.

« Cela a permis d’accélérer une tendance qui se profilait à l’horizon. La pandémie a bousculé les choses, provoquant l’équivalent de dix ans de transformation numérique en un peu plus d’un an », souligne Mme Shah.

Désormais, les entreprises font appel aux innovations de l’intelligence artificielle (IA) pour surmonter les défis du travail à distance et de la pénurie de main-d’œuvre.

Les agents conversationnels, chatbot en anglais, ont comblé le vide laissé dans les départements du service à la clientèle par exemple.

« De la même façon que l’IA a amélioré l’efficacité en entreprise, celle-ci peut aider la reprise dans les centres-villes » -Monali Shah, directrice des solutions industrielles pour les villes intelligentes et la mobilité urbaine, Google

Mais il faudra en faire davantage pour recréer un lieu de vie agréable pour les résidents lorsque l’ombre de la COVID-19 se sera estompée.

« Il faut adopter une perspective différente de l’aménagement urbain et réduire les parcours des déplacements en ville », annonçait en ouverture de la discussion François W. Croteau, membre du comité exécutif de la Ville de Montréal et responsable du dossier de la ville intelligente.

Être à proximité de tous les services en moins de 15 minutes, assurer la mixité socio-économique et augmenter le nombre d’espaces verts : c’est avec ces politiques que nous pourrons mesurer la véritable « intelligence » de la ville de demain, selon Carlos Moreno, professeur associé à l’IAE de Paris – Université Panthéon Sorbonne.

« Il sera nécessaire de casser la fracture entre les villes et les banlieues et de créer des zones « intelligentes » partout, afin de surmonter la double menace de la pandémie, mais aussi des changements climatiques », conclut-il.

Crédit photo: Flickr/Kristina Servant

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