L’intelligence artificielle sera-t-elle la clé de la guerre du futur ?

« Celui qui deviendra le leader dans le domaine de l’intelligence artificielle, sera le maître du monde ». Ainsi parlait Vladimir Poutine, en septembre 2017. Mais la maîtrise de cette technologie est complexe et pose de sérieuses questions de sécurité et d’éthique.

États-Unis, Chine, Russie, France ou Israël ont lancé des programmes de recherche sur l’intelligence artificielle. Le Canada n’échappe pas à la nouvelle donne technologique. L’ancien directeur du Commandement du renseignement des forces canadiennes, le contre-amiral Bishop, avait d’ailleurs indiqué que l’IA aura un impact profond dans le domaine militaire et que le Canada est bien placé pour mener les guerres du futur car il est en pointe dans les technologies liées à l’IA.

UNE TECHNOLOGIE CONVOITÉE PAR LE CANADA

D’ailleurs, en 2019, la Marine royale canadienne a pu mettre en pratique ses travaux sur l’IA en testant un assistant vocal pour ses bâtiments de guerre. Cette technologie vise à simplifier et à accélérer les opérations sur le pont des navires grâce au traitement massif de données.

L’IA est donc entrée dans les armées et son développement ira croissant. Face aux percées technologiques de pays comme la Chine ou la Russie, les nations occidentales ne peuvent faire l’économie de cette technologie. De là, émerge bien sûr l’épineuse question des armes autonomes.

« Certains croient aux armes autonomes et d’autres non. Il n’y a aucune certitude à ce sujet. La recherche dans ce domaine se fait par étapes. Rencontrera-t-on un jour un blocage ou convergera-t-on finalement vers une IA permettant une réelle autonomie de l’armement ? »Fabrice Debbasch, enseignant-chercheur en physique à l’université Paris-Sorbonne et chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS)

LES INSUFFISANCES DE L’IA DANS LE DOMAINE MILITAIRE

Dans l’immédiat, plusieurs grands défis attendent les armées. Si l’intelligence artificielle est une technologie en constante évolution, ses capacités restent pour l’heure limitées à des tâches précises préparées par l’humain, comme le traitement de l’information et de données. C’est ce que souligne John Spencer, de la chaire d’études en guerre urbaine au sein du Modern War Institute de West Point : « Je ne crois pas que l’IA sera utilisée dans des systèmes d’armes autonomes à court et moyen termes. Je vois plutôt la première révolution de l’IA dans le traitement de l’information. Grâce à elle, les commandants et les combattants auront la bonne information, au bon moment. »

Mais Fabrice Debbasch prévient : « Comme l’ordinateur, l’IA est inévitable. L’aide à la décision augmentera, l’autonomie aussi. On peut imaginer que, dans une cinquantaine d’années nous développerons des systèmes autonomes. L’humain gardera le contrôle jusqu’au jour où un ennemi sans état d’âme utilisera des armes autonomes. Dès lors, il y aura probablement un phénomène d’escalade. »

UNE IA MILITAIRE PAS FIABLE À 100% 

Le développement de telles armes n’est toutefois pas sans risques. Des recherches menées par le Center for a New American Security ont en effet montré que dans des environnements contestés, les systèmes d’IA pouvaient être facilement trompés voire retournés. L’IA est un outil fragile et vulnérable face à plusieurs types d’attaques aux résultats possiblement désastreux. Qu’il s’agisse de fuite (leurrer l’IA), d’extraction d’informations, d’empoisonnement du système, plusieurs pays disposent déjà d’un arsenal électronique et cyber capable de causer des dégâts irréparables.

D’autre part, les progrès dans l’IA militaire sont très lents. Les robots avec qui nous pourrions interagir ne sont pas pour demain. Aux raisons technologiques, il faut ajouter la question éthique débattue au sein des armées qui tentent de fixer les lignes rouges à ne pas dépasser. C’est le cas de l’armée canadienne qui évalue « les conséquences éthiques de l’intelligence artificielle et des systèmes autonomes dans l’armée ».

La technologie modifie la manière dont travaillent les armées. Pour mener leurs missions, celles-ci comptent de plus en plus sur des équipes humains-machines. © Lockeed Martin

POUR UNE UTILISATION RAISONNÉE DE L’IA

Certaines applications d’IA permettent déjà d’augmenter la productivité, de réduire la charge de travail et de réaliser des opérations plus vite que l’humain. Compte tenu de la concurrence internationale, les armées ne peuvent pas passer à côté de cette technologie. Néanmoins, utiliser des systèmes d’IA dans des domaines contestés et les rendre responsables de décisions critiques ferait prendre d’énormes risques.

Ils sont nombreux au sein des armées, notamment l’US Army, à plaider pour une utilisation raisonnée de l’IA, dans les domaines de l’imagerie médicale et des outils de diagnostic ou de la maintenance prédictive des matériels et des véhicules.

Quelle que soit sa finalité, Fabrice Debbasch souligne que « l’intelligence artificielle sera une des clés de la guerre du futur, mais pas la seule. Compteront également les capteurs, l’accès aux données, la rapidité et la capacité de communication (quantique ou pas), etc. L’IA n’est qu’un maillon d’une chaîne et il finira par être inutile de perfectionner une IA si son environnement ne suit pas. »

Crédit photo : US Army

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