Vers une “stratégie industrielle” pour l’IA canadienne ?

Dans une étude publiée, le 23 septembre dernier, le Conseil des technologies de l’information et des communications (CTIC), centre national d’expertise en matière d’économie numérique, préconise la mise en place d’une stratégie industrielle claire en matière d’IA.

 

Les auteurs de l’étude intitulée  « Maximiser les forces et exploiter les possibilités – Vers une stratégie industrielle pour l’intelligence artificielle canadienne », prônent la mise en place d’une stratégie nationale afin « d’harmoniser les programmes d’IA existants du Canada afin que ceux-ci soient bien coordonnés entre les ministères et se complètent efficacement ».

Comment insuffler cet élan ? Les auteurs avancent, en premier lieu, l’idée d’une « unité centralisée au sein du gouvernement » qui serait chargée de la planification et de la mise en œuvre des politiques d’IA.

En réalité, selon eux, cette stratégie industrielle doit s’appuyer sur l’actuelle Stratégie pancanadienne en matière d’IA, lancée en 2017, mais en plus elle aura pour priorités la recherche des talents en IA, la propriété intellectuelle (PI) et sa commercialisation et l’IA responsable. 

Si le renouvellement, en 2021, de cette Stratégie pancanadienne a permis de débloquer une enveloppe sur dix ans de 443,8 millions de dollars, les auteurs du rapport y voient un signe favorable à la mise en œuvre de la stratégie industrielle qu’ils préconisent.

« Les applications de l’intelligence artificielle ont le potentiel d’assurer un leadership et une croissance importants du marché canadien dans un contexte de plus en plus mondial et concurrentiel. » Namir Anani, président-directeur général du CTIC, , organisme à but non lucratif

Ce rapport donne plusieurs autres pistes. Ainsi, les auteurs souhaitent que les programmes incluant des partenariats internationaux assurent aux PME canadiennes « une position stratégique » en matière de propriété intellectuelle (PI). De plus, les méthodes de commercialisation de la PI devraient, d’après eux, comprendre « des indicateurs complets et inclusifs » pour mesurer le succès de l’innovation.

Cette stratégie industrielle, voulue par le CTIC, n’a pas occulté les tensions que connaît le secteur en termes d’emplois et insiste sur la nécessité d’accroître le volume et la recherche de talents en IA ainsi que dans les TIC plus largement.

PÉNURIE DE TALENTS EN IA

À cet égard, en mars dernier, une étude qualitative du CTIC, menée dans deux des secteurs clés de l’IA, que sont la santé et les services financiers a révélé des « besoins aigus en talents ».

Source : CTIC 2021

 

Selon cette étude qualitative menée auprès de décideurs, de directeurs techniques et de chercheurs en IA, les emplois en IA et apprentissage automatique dans les secteurs des services financiers et des soins de santé ont connu une croissance modérée entre janvier 2020 et janvier 2021.

Néanmoins, de mai 2020 à janvier 2021, les offres d’emploi uniques dans ces catégories ont augmenté de 35 %, principalement en raison de nouvelles offres d’emploi en Ontario, au Québec et en Colombie-Britannique (voir figure ci-dessus).

QUID DU QUÉBEC ?

Contacté, Rob Davidson, Directeur, science des données au CTIC déclare :

« Le Québec est dans une position unique pour diriger le Canada grâce à des initiatives responsables en matière d’intelligence artificielle, comme la Déclaration de Montréal et le Partenariat mondial sur l’intelligence artificielle (PMIA), et grâce à des accélérateurs industriels comme Scale AI. » Rob Davidson, Directeur, science des données au CTIC

De poursuivre : « Le Québec peut s’efforcer de maintenir sa place privilégiée dans l’écosystème mondial de l’intelligence artificielle (IA) en investissant plus largement dans le développement de compétences dans le traitement des données, dans la cybersécurité de l’IA et dans l’intégration rapide des talents internationaux en IA qui s’installent au Québec.  Le Québec doit également faire progresser la législation et les investissements pour adopter une infrastructure comparable à celle en vigueur en Allemagne pour protéger et développer la propriété intellectuelle, afin que la perte d’un fleuron comme  Element AI ne se reproduise pas.»   

INFRASTRUCTURE RÈGLEMENTAIRE ET NUMÉRIQUE

Pour leur part, les auteurs du rapport réclament une législation adaptée sur la protection de la vie privée  « pour permettre le partage des données dans des secteurs clés tels que les soins de santé et les services financiers, tout comme les méthodes techniques sécurisées de partage des données ».

De plus, ils encouragent la pratique de prix abordables pour « l’infrastructure de télécommunications », à savoir les centres de stockage et de traitement des données, l’infrastructure informatique à proprement dit et l’accès Internet à haut débit.

GOUVERNANCE RESPONSABLE

Aussi, d’après l’étude, en « élaborant des normes de gouvernance et des normes industrielles pour favoriser l’inclusion et la responsabilisation, le Canada peut se démarquer ».

Les auteurs du document alertent, toutefois, sur l’urgence à élaborer un cadre inclusif et responsable pour prévenir les préjudices découlant des solutions technologiques.

Ils prônent, enfin, l’instauration de nouvelles réglementations pour orienter une IA inclusive, responsable et transparente au sein du gouvernement et de l’industrie, notamment en traduisant les principes de la Charte numérique en législation sur la vie privée.

 Crédit Photo : Pexels / Tara Winstead

 

 

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