IA et santé : une application pour réduire le temps d’attente

Grâce à la technologie du traitement naturel du langage, Question pour un pro une entreprise québécoise propose désormais un service de référencement vers les professionnels de la santé, afin d’alléger le temps passé dans les salles d’attente.

Question pour un pro est née des suites de son prédécesseur, Question pour un pharmacien, une initiative lancée il y a six ans, dont la mission était de fournir l’expertise d’un pharmacien en quelques clics sur son téléphone intelligent.

« Au fur et à mesure que nous avons déployé l’application, nous nous sommes rendu compte que les questions posées par les utilisateurs portaient souvent sur des sujets en dehors de l’expertise du pharmacien. Deux options s’offraient donc à nous : soit développer des applications pour chaque champ de connaissance ou rassembler toutes les questions sous la même application », raconte Alexandre Chagnon, responsable du programme en santé numérique de l’Université Laval et fondateur de Question pour un pro.

C’est ainsi la seconde option qui a prévalu, et l’expert en télésanté se réjouit de cette décision, car elle semble avoir assuré jusqu’à présent le succès de l’idée.

En effet, à ce jour, l’application attire plus de 100 000 patients chaque mois.

« Ce sont 50 % d’entre eux qui sont dirigés vers un professionnel de la santé en moins de 12 heures, et 100 % en moins de 24 heures », insiste M. Chagnon.

APPRENDRE À COMPRENDRE LES QUESTIONS

Mais comment l’intelligence artificielle intervient-elle dans ce service ?

Le traitement naturel du langage est employé pour reconnaître le sens des questions envoyées par les utilisateurs par l’intermédiaire de l’application.

C’est par un entraînement à l’apprentissage machine supervisé avec l’ensemble des 30 000 demandes de consultation depuis 2015, reçues via le service, que cet algorithme peut ainsi « comprendre » si la personne pose une question en lien avec des soins dentaires ou d’optométrie par exemple.

Ensuite, l’application va chercher dans son registre d’experts disponibles celle ou celui qui est disponible au moment de la demande, pour ensuite les mettre en contact avec l’utilisateur.

« Jusqu’à présent, nous avons un peu moins de 600 professionnels de la santé qui sont inscrits dans notre base de données, un peu au public et plusieurs au privé », affirme le fondateur de Question pour un pro.

On retrouve désormais 19 types d’expertises rassemblées dans l’application : omnipraticiens, pharmaciens, dentistes, infirmiers, psychologues, travailleurs sociaux, sexologues et ainsi de suite.

« L’avantage pour le patient c’est de ne plus avoir à faire du « guess work », à deviner quel expert celui-ci doit rejoindre pour son mal. C’est aussi avantageux pour les professionnels de la santé, car ils peuvent rejoindre leur clientèle. Enfin, ça permet de désengorger les salles d’attente, et donc le réseau de la santé. » – Alexandre Chagnon, fondateur de Question pour un pro

AUTRES UTILISATIONS DU TRAITEMENT NATUREL DU LANGAGE

Question pour un pro n’est pas la première organisation à utiliser le traitement naturel du langage dans le domaine des soins de la santé.

Une des plus connues est sans doute le robot conversationnel de l’entreprise Botpress, qui est employé par le gouvernement du Québec pour répondre aux questions des citoyens à propos du coronavirus sur son site dédié à cet effet.

Le Centre Hospitalier de l’Université de Montréal aussi expérimente avec un algorithme de tri des patients, capable de reconnaître les symptômes décrits lors de leur arrivée aux urgences. Les malades pourront éventuellement entrer la liste des symptômes sur une borne numérique qui fera un premier travail de triage.

Sur la photo: Alexandre Chagnon, responsable du programme en santé numérique de l’Université Laval et fondateur de Question pour un pro. Crédit: gracieuseté Question pour un pro