VIA Rail se dotera bientôt d’une flotte de trains plus intelligente

La science des données facilitera l’entretien des nouveaux trains de VIA Rail a-t-on appris, ce 30 novembre, à Ottawa lors de la présentation officielle du premier train d’essai des 32 rames de trains commandées à Siemens en 2018 pour la somme de 989 millions $.

La nouvelle flotte assemblée actuellement à Sacramento, en Californie, sera livrée à partir de 2022 après près d’un an d’essais entre les stations Les Coteaux et Ottawa. Elle sera entretenue par des employés de VIA Rail aux centres d’entretien du chemin de fer à Montréal et à Toronto.

Dès le début du remplacement complet de la vieille flotte dans le réseau le plus achalandé entre Québec et Windsor, la filiale du groupe allemand Siemens – qui compte 6 000 employés au Canada – pourra y déployer des systèmes intelligents.

Ces derniers capteront des données à bord des nouveaux trains et en appliquant des algorithmes d’intelligence artificielle (IA), VIA Rail pourra prévoir les problèmes et détecter les failles d’équipement roulant. L’innovation technologique permettra notamment d’opérer de façon plus sécurisée et d’éviter les interruptions de service. 

« Avant que le train arrive au centre d’entretien, on a déjà tout ce qu’il faut en entrepôt [bordereau de travail, pièces, etc.] pour effectuer les réparations, ce qui rend l’équipement toujours disponible et jamais en panne. » – Arnaud Lacaze, Directeur de projets, Renouvellement de la flotte VIA Rail

Ronald Bartels et Arnaud Lacaze, les ingénieurs de VIA Rail responsables du projet de renouvellement de la flotte.

Un Système informatique de gestion de la maintenance (CMMIS) permettra de planifier et de gérer les activités de maintenance de la nouvelle flotte en utilisant les données du TMDS et d’autres sources.

Ce système sophistiqué de surveillance et de diagnostic des trains (TMDS) peut identifier plus de 5 000 conditions anormales ou défauts sur le train. La plupart de ces indications concernent l’entretien et ces anomalies ne devraient pas être remarquées ni par les passagers ni par les employés à bord du train, assure Arnaud Lacaze.

Les données fourniront aussi une alerte précoce qui peut empêcher une interruption de service ou une défaillance des équipements de commodités pour les passagers à bord des trains, c’est-à-dire du chauffage ou des toilettes. Les défauts seront enregistrés à bord du train et, surtout, communiqués automatiquement à une équipe de conseillers techniques au sol qui déterminera la meilleure action à prendre.

Les fonctions des systèmes d’information actuels seront regroupées sur une plateforme informatique intégrée pour gérer la planification, l’analyse, les prévisions et les rapports.

Le système de surveillance de l’équipement du matériel roulant (VEMS) fournira aussi des données relatives aux roues (usure, état et profil) et au système de freinage.

Enfin, un système de caméra capturera des images extérieures du train pour les comparer avec des images archivées du même train, un jumeau numérique, en passant sous un tunnel au centre de maintenance et fournira des alertes si une image change.

SIEMENS VOIT PLUS LOIN

Comme nous l’avons vu avec Blaise Transit, la numérisation est sur le point de changer d’autres choses du côté des passagers. Par exemple, le transport sur demande, à la fois individuel et collectif, signifierait que des trains ou des métros -gérer par la technologie intelligente- s’arrêteraient seulement là où c’est requis.  

« La numérisation et l’Internet des choses risquent de révolutionner le transport personnel et collectif », a dit Yves Desjardins-Siciliano, ex-PDG de VIA Rail devenu PDG de Siemens Mobilité Canada, lors du forum Impulsion MTL en septembre dernier.

L’intelligence artificielle fournira aussi aux opérateurs des outils pour prendre les meilleures décisions en fonction de l’analyse des données. La capacité d’optimiser l’utilisation de la flotte en fonction de la demande en est un autre exemple. 

« Vous ne ferez pas rouler des trains de 12 wagons quand vous avez des passagers pour 3 wagons et donc il y a une économie financière et des gains énergétiques qui réduisent l’empreinte carbone. Et à mon avis, on va voir ça de mon vivant! » – Yves Desjardins-Siciliano, PDG de Siemens Mobilité Canada

UN TRAIN PLUS ÉCOLOGIQUE ?

Chez Siemens, le groupe se spécialise dans le transport intelligent et l’électrification du transport routier. L’entreprise a également investi dans les bornes de recharge et les véhicules autonomes.

Siemens Mobilité est d’ailleurs à la recherche de forme d’énergie propre et travaille principalement sur le développement des trains à l’hydrogène avec son partenaire de Vancouver, Ballard Power Systems, et la Deutsche Bahn pour remplacer le diesel.

Devant de locomotive

Ainsi, le nouveau design est au goût du jour et l’accessibilité accrue. Le #TrainDeDemain présenté par VIA Rail, aujourd’hui, contiendra des composantes d’intelligence artificielle qui viendront considérablement rajeunir la flotte de passagers de la société de la Couronne.

Reste à savoir si la volonté politique sera au rendez-vous pour transformer son moteur diesel en modèle hybride fonctionnel (électricité ou hydrogène vert) et si les infrastructures ferroviaires permettront aux nouveaux trains hybrides de rouler plus vert…

Crédits photos : Nathalie Dansereau
Photo de Une : Gracieuseté de VIA Rail