Deepfakes : des trucages virtuels qui agissent aussi pour le bien

Les deepfakes, cette forme d’hypertrucage rendue possible grâce à l’apprentissage profond, ont mauvaise presse. Dans les cas les plus bénins, ils sont utilisés pour créer des subterfuges cocasses, tandis qu’à leur pire, on les emploie pour fabriquer de toutes pièces des images pornographiques de célébrités et de la propagande politique. Mais pourrait-il y avoir un emploi positif, voire éducatif, de cette technologie ?

Une équipe de chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) propose d’utiliser des personnages virtuels conçus à partir de personnalités fictives ou réelles pour accompagner les individus dans diverses tâches.

Votre enfant veut-il apprendre les bases de la physique à la maison ? Pourquoi ne pas demander à Albert Einstein lui-même de lui en expliquer les concepts.

Crédit graphique : Nature Machine Intelligence/MIT

Grâce à des images et vidéos numérisées et à quelques algorithmes d’intelligence artificielle (IA), il est possible à un programmeur de recréer une version virtuelle du célèbre scientifique capable de dispenser un cours en ligne à un étudiant devant son iPad ou son ordinateur.

C’est ce que démontrent les chercheurs du MIT, ainsi que leurs collègues de l’Université d’Osaka au Japon et de l’Université de Californie, dans une étude publiée par le journal scientifique Nature Machine Intelligence.

Ceux-ci ont ainsi créé un modèle de conception de personnages virtuels « facile à utiliser » afin de perfectionner la recherche dans ce domaine.

« Compte tenu des récents progrès de l’IA générative [ réseaux adverses génératifs sont une classe d’algorithmes générant des images avec un fort degré de réalisme], nous suggérons que les personnages générés par l’IA ont le potentiel d’obtenir des résultats prometteurs dans l’apprentissage et les soins de santé, mais des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déterminer des opportunités précieuses et comprendre leurs limites [NDLR : traduit de l’anglais] » – Les auteurs de l’étude AI-generated characters for supporting personalized learning and well-being

HYPERRÉALISME CAPTIVANT

Il existe déjà des ressources de formation qui tirent profit du virtuel pour entraîner des professionnels, dans de nombreux milieux.

Par exemple, la revue Québec Science rapportait l’an dernier que des chercheurs de l’École de criminologie de l’Université de Montréal, de l’Institut national de psychiatrie légale Philippe-Pinel et du Centre international de criminologie comparée et du Conseil national de recherche du Canada avaient mis sur pied un « avatar » simulant un jeune contrevenant pour aider à former les intervenants en centre jeunesse.

Toutefois, ces agents conversationnels utilisent l’IA seulement pour la génération de dialogue, tandis que leur apparence physique est « faite à la main » par les programmeurs.

L’avantage des deepfakes est d’ajouter une couche d’hyperréalisme, permettant ainsi une immersion plus approfondie, que ce soit en réalité virtuelle ou sur un écran d’ordinateur.

Selon les auteurs de l’étude, un professeur universitaire a constaté une amélioration de l’attention et de l’intérêt de la part de ses étudiants lorsque celui-ci a intégré un personnage virtuel à ses cours donnés en ligne.

Les chercheurs y voient donc une piste de solution pour mieux captiver les étudiants. Toutefois, ceux-ci rappellent que les agents virtuels ne pourront pas se substituer aux personnes réelles. Le contact humain étant, à leur avis, un facteur irremplaçable dans le transfert des connaissances.

« Bien que nous ayons présenté des applications de personnages générés par l’IA pour l’enseignement, le coaching et la thérapie, nous tenons à souligner que ces techniques devraient être utilisées en plus des pratiques actuelles plutôt que de les remplacer. » – Les auteurs de l’étude

Au-delà de l’utilisation dans un contexte éducatif, les chercheurs entrevoient un intérêt pour les personnages numériques dans le monde de la santé.

En effet, cette technologie pourrait permettre de prodiguer des soins à distance à des patients situés dans des régions éloignées à des personnes défavorisées n’ayant pas accès aux soins, faute de ressources.

Crédit photo: capture d’écran YouTube / MIT Media Lab