E-AI : divertissement, storytelling et gastronomie

E-AI : divertissement, storytelling et gastronomie

C’est hier que la communauté internationale d’E-AI a lancé l’événement pour lequel elle se prépare depuis de nombreux mois, au Palais des congrès de Montréal. Cette rencontre entre le milieu du divertissement et de l’innovation en intelligence artificielle (IA) se poursuit aujourd’hui, au travers d’ateliers et d’activités de réseautage.

Mettant l’accent sur des conférences réalisées entièrement en anglais, traitant de divers aspects du divertissement en lien avec la technologie et l’IA, la première journée s’est déroulée sous le thème « Explorer, cocréer et propulser ». CScience IA s’est glissé aux premières loges et jusque dans les coulisses de l’événement pour vous faire le topo des défis et propositions qui ont émané des discussions.

« Braindates », vitrines et panels de discussion

Les visiteurs, qui se voulaient nombreux en début de journée, étaient notamment conviés à des « braindates » (rendez-vous d’échanges savants) dans une salle aux allures futuristes, lorsqu’ils n’étaient pas dans la pièce d’à côté, munis de casques individuels pour écouter et voir le contenu captivant des vitrines et portraits.

Dans la troisième salle, d’un panel de discussion à l’autre, des invités de marque ont foulé la scène des conférences et tables rondes, filmées et diffusées en direct pour ceux qui ne pouvaient y assister en personne. Issues tantôt du monde des affaires, tantôt de la production, de la musique, de la gastronomie, de l’industrie du jeu vidéo et du « storytelling », ces sommités ont toutes un objectif commun : celui de propulser la rencontre de « l’écosystème IA+Divertissement ».

Créer un rire et une expérience narrative

« Le son d’un rire rappelle un souvenir auquel il est associé. Il est l’empreinte d’un moment passé. » C’est ce principe qui a guidé l’auteur et artiste multimédia Étienne Paquette vers la création de La mélodie du rire, une œuvre web originale dépendant de l’IA, entraînée à générer des rires artificiels mais uniques, donnant l’impression d’être naturels.

« Le but était de créer des connexions entre les gens grâce au rire, de raconter l’histoire, le passé et le futur de quelqu’un avec le rire, car il est universel, et s’affranchit des codes linguistiques », explique M. Paquette.

« On assiste à une révolution, à laquelle participe NVIDIA depuis les dix dernières années, et qui donne la possibilité à tous de développer et obtenir des algorithmes relevant de l’IA. »

– Emmanuel Agoston, président et architecte de solution d’infrastructure (TI) chez Images et Technologie

« La technologie apprend de ce qui existe déjà pour devenir autonome et créer à son tour. C’est ainsi que l’on peut transformer une onde sonore en une image, et créer un autre rire à part entière à partir du son d’un rire de référence, un peu comme si le modèle génératif (IA) ‘peignait’ un rire à partir du son (…) C’est la démonstration du fait de pouvoir soutenir la créativité et raconter de nouvelles histoires grâce à l’IA », suggère le chercheur et créateur.

Pour créer des modèles génératifs, il a fallu utiliser l’une des solutions de NVIDIA, selon le principe de l’apprentissage-machine, pour créer un rire unique, qui n’avait jamais été entendu auparavant.

« On assiste à une révolution, à laquelle participe NVIDIA depuis les dix dernières années, et qui donne la possibilité à tous de développer et obtenir des algorithmes relevant de l’IA », a souligné Emmanuel Agoston, président et architecte de solution d’infrastructure (TI) chez Images et Technologie, partenaire de NVIDIA.

Quand l’intérêt commercial croît avec la data

Venu tout droit d’Australie, le PDG de OneQode a quant à lui vanté les mérites de l’Asie-Pacifique, qu’il voit comme « l’endroit le plus excitant en termes d’opportunités en innovation ». Prenant pour modèle des pays où le partage de données est socialement intégré, tels que la Chine, l’Inde et la Thaïlande, le conférencier a illustré l’importance de la data pour faire évoluer le marché de l’innovation et du divertissement.

« En Asie-Pacifique, le nombre de personnes utilisant les services d’un robot-conseiller passera, selon les prévisions, de 110 millions (2019) à 400 millions en 2024 (…) Par ailleurs, la région compte actuellement 1,45 milliard de gamers, ce qui représente plus de la moitié des recettes mondiales générées par le jeu vidéo. »

Il a notamment relevé plusieurs solutions concrètes que les industries peuvent mettre en pratique pour valoriser les talents et favoriser le développement des compétences : former des partenariats avec les entreprises, développer une niche locale de talents, faire affaire avec des sous-traitants en IA, se doter d’innovations mises en marché en tant que consommateur, s’associer aux universités, recruter des talents d’ailleurs, et investir dans les entreprises en IA.

L’IA au service de l’art culinaire

Qui aurait cru que le Lentin du Chêne et la noix de coco feraient bon ménage, ou encore que la framboise et l’algue nori se marieraient bien ensemble? Personne, sinon le « Gastronomy Flagship Project » de Sony AI, cet outil capable de proposer des combinaisons d’ingrédients aux chefs qu’il assiste en cuisine.

Selon Erica Kato Marcus de chez Sony AI, l’outil, développé à partir de la « science aromatique d’harmonies moléculaires » de François Chartier, fondateur de Chartier World Lab, aurait jusqu’à présent été très bien reçu par la communauté des chefs.

Anticiper et améliorer l’avenir

De Toronto, Galit Ariel, experte du storytelling dit « technofuturiste », et fondatrice de Future Memory, a démontré que le simple fait d’imaginer un avenir où la technologie serait « intégrée à la vie quotidienne, mais ne la contrôlerait pas », permet de mieux orienter nos comportements, nos interactions et nos objectifs. En entrevue avec CScience IA, la Torontoise affirme que « Beaucoup de ces entreprises qui développent des plateformes et des technologies sont déconnectées de leur marché cible, et se servent de mécanismes de persuasion pour dicter leurs besoins aux consommateurs, au lieu d’être à l’écoute de ce dont ils ont réellement besoin, mais aussi de ce qu’ils veulent, car nous confondons bien souvent les deux. Je pense que l’industrie de la technologie doit cesser de se voir comme une industrie, et accepter qu’elle est une infrastructure puissante, ayant une grande responsabilité. J’espère qu’un jour, il y aura une compensation financière, un peu à la manière de la tarification du carbone, une sorte de tarification pour ‘la mission positive’, afin de garantir que la technologie est mise à la disposition des bonnes personnes, pour les bonnes raisons, avec plus de bénéfices que de désavantages. »

Finalement, elle aimerait que l’innovation se concentre sur les besoins urgents de ce monde plutôt que sur la poursuite de l’extravagance ou du confort superflu, et pense que c’est dans cette optique que la technologie sera le mieux exploitée.

Créer une expérience artistique immersive

Pour clore la première journée en beauté, l’œuvre audiovisuelle immersive intitulée « New Land » a été projetée dans la salle, animant ses quatre murs ainsi que son parte-terre de paysages, tout en balayant de couleurs les invités assis. Signée Alex Le Guillou, et présentée par OASIS immersion, l’œuvre propose une « réflexion sur notre environnement global et la manière dont nous percevons la réalité », démontrant qu’il est possible d’user de la technologie pour créer et interpréter des paysages naturels au sein d’un lieu existant.

La suite de l’événement

Si la programmation d’hier se voulait plutôt « inspirationnelle », tel que le précisent les organisateurs, celle d’aujourd’hui, le 15 juin 2022, sera plutôt consacrée aux ateliers de développement, création, maillage et réseautage des communautés, selon une approche collaborative et participative. Il faudra se rendre au Palais des congrès pour y prendre part, puisque cette partie de l’événement ne sera pas diffusée en simultané sur le web.

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Crédit Image à la Une : Chloé-Anne Touma