Un nez artificiel intelligent

Jean-Jacques Rousseau disait : « l’odorat est le sens de l’imagination », car il comprenait bien le pouvoir qu’ont les parfums de faire remonter des souvenirs, de stimuler notre esprit. En intelligence artificielle (IA), le sens de l’odorat a beaucoup moins fait l’objet de recherches comparativement à la vue ou à l’ouïe. Pourtant, transférer la perception des odeurs vers le numérique pourrait avoir des bénéfices énormes.

C’est du moins ce que croient Ana Semeano et Gustavo Alonso Patino Ramirez, deux entrepreneurs qui tentent de développer un nez artificiel intelligent.

Leur jeune pousse, AntiSense, a pour objectif de reproduire sous format électronique le processus mis à l’œuvre lorsque nous faisons usage de notre odorat.

« De la même façon que nous utilisons notre nez et notre langue pour sentir et goûter, nous employons un ensemble de capteurs pour créer un signal électrique, qui est ensuite interprété par un algorithme d’IA » – Ana Semeano, PDG et cofondatrice d’AntiSense

Grâce à cette IA, l’équipe, éparpillée un peu partout en Amérique du Nord (incluant à Montréal), espère créer des systèmes de détection de molécules chimiques qui amélioreraient grandement les opérations dans diverses industries, dont celles de la capture des émanations de CO2 envisagées par les compagnies pétrolières.

« Les méthodes mises en place actuellement sont souvent rudimentaires et ne permettent pas la capture efficace de gaz à effet de serre. Les industries font appel à des procédés de détection chimiques qui utilisent des marqueurs colorés ou des teintures et qui ne sont pas instantanés. L’emploi de senseurs électroniques assistés par l’IA assurerait une optimisation de ce processus et pourrait fournir des résultats en temps réel », souligne la PDG.

FLEXIBLE ET ADAPTABLE

De plus, contrairement à leurs compétiteurs, les créateurs d’AntiSense proposent de créer des solutions sur mesure, grâce à la flexibilité des algorithmes.

« Nous pouvons nourrir notre modèle d’IA de divers signaux correspondant à différentes molécules. Nous sommes capables de dire : « dans cet échantillon il y a 5 % de CO2, 10 % de méthane, 10 % d’ozone » et nous entraînons le modèle avec ces informations », affirme M. Patino Raminez, ingénieur informatique chez AntiSense.

La capacité d’entraîner chaque fois l’algorithme avec des données fournies dans de nouvelles circonstances et la possibilité de modifier l’ensemble des capteurs selon les différents environnements font en sorte que leur technologie est aisément adaptable aux besoins de la clientèle, assure Mme Semeano.

D’ailleurs, cette dernière ne limite pas ses desseins à la collaboration avec l’industrie des combustibles fossiles.

« Nous pourrions créer dans le futur des processus non-invasifs de détection de maladies en captant les odeurs corporelles. Les molécules qui se retrouvent dans l’haleine, la sueur ou l’urine peuvent être des marqueurs pour la COVID ou certaines formes de cancer, par exemple », insiste-t-elle.

D’ici la prochaine année, les membres d’AntiSense espèrent pouvoir trouver assez de fonds pour s’installer au Canada et développer leurs opérations, ainsi que les prochains prototypes de leur technologie.

Crédit photo: Pexels/Nicholas Githiri

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