Le plan numérique de Montréal

Après quatre années de consultations et de discussions, Montréal a présenté sa « démarche collective et inclusive » pour ses projets de ville intelligente, dont l’objectif est de mettre le citoyen au cœur de l’innovation.

Intitulé Montréal numérique, le document récemment dévoilé par François W. Croteau, maire de l’arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie, membre du comité exécutif et responsable du dossier de la ville intelligente, s’ouvre sur un manifeste explicitant les valeurs favorisées par l’administration.

D’entrée de jeu, il est évident que la Ville souhaite faire comprendre qu’elle ne fera pas la promotion de l’innovation à tout prix, surtout lorsqu’il est question du bien être des citoyens.

En effet, on indique dans le manifeste qu’on privilégie les utilisateurs finaux plutôt que les cas d’usage théoriques, qu’on favorise la disponibilité d’une présence humaine empathique avant l’utilisation exclusive d’outils numériques, et qu’on encourage le respect des principes éthiques, économiques, sociaux et environnementaux sur le développement rapide de solutions numériques.

« Au lieu d’aller trop rapidement dans la transformation numérique par rapport à certains services ou encore avec des solutions numériques qui paraissent intéressantes, mais qui au finale ne le sont pas, on s’est doté d’une démarche qui est fondamentale pour générer de l’expérimentation et de l’innovation. Ça nous permet de faire des tests d’expérimenter des solutions, et avant de les déployer, on s’assure que c’est la bonne solution en fonction du besoin réel de la population », souligne M. Croteau.

Celui-ci prend en exemple de ce qu’il ne faut pas faire le projet de Sidewalk Labs, un organisme associé à Google, qui s’est abruptement terminé dans la Ville-Reine l’an dernier.

L’initiative qui, au départ, visait à développer à l’intérieur de Toronto une ville intelligente de 12 acres sur la rive du lac Ontario a été sévèrement critiquée par des défenseurs de la vie privée, ceux-ci craignant que les données recueillies auprès des citoyens soient détournées au profit d’entreprises privées.

Après une série de problèmes à propos de la taille du projet et de sa taxation, c’est la pandémie qui aura finalement eu raison de l’idée, selon le PDG de Sidewalk Labs, Dan Doctoroff.

La Ville est consciente des inquiétudes citoyennes engendrées par ce genre de déboires.

De fait, dans le document on reconnaît que « le concept de ville intelligente a […] amené son lot de déconvenues partout à travers le monde ».

«[L]es centres de contrôle n’ont pas rendu les villes plus sûres, et les systèmes de circulation intelligente peinent à démontrer des résultats convaincants. En parallèle, l’omniprésence de la technologie, notamment dans la prise de décision, soulève des questions d’éthique et menace la confiance du grand public » -Rapport, Montréal numérique, juin 2021

Intelligente Montréal?

Mais au fait, c’est quoi une ville intelligente?

« Pour nous, une ville intelligente, c’est une ville qui au quotidien améliore la qualité de vie des citoyens en mobilisant l’intelligence collective et en créant de l’innovation », souligne M. Croteau.

Montréal est-elle donc une ville intelligente?

Si l’on en croit des pairs, la métropole n’a rien à envier aux autres grands centres urbains du monde dans ce domaine; au contraire, elle mène par l’exemple.

Effectivement, Montréal a remporté le concours Défi des villes intelligentes du Canada en mai 2019.

De plus, en travaillant avec la municipalité de Nantes en France, celle-ci s’est ainsi dotée d’une charte métropolitaine de la donnée, et d’une déclaration pour le droit numérique des citoyens.

Le projet de ville intelligente s’est aussi traduit dans la création du Laboratoire d’innovation urbaine de Montréal.

Cette plateforme rassemble les initiatives de données ouvertes, les projets pilotes en stationnement sur rue et de véhicules automatisés, ainsi que des informations sur le réseau WiFi de la ville.

Le portail, initialement prévu en 2023, a été livré en 2020, propulsé par les besoins créés par la pandémie.

En effet, distanciation oblige, les divers services de la ville, incluant l’attribution de permis, ont été numérisés.

Ce sont 200 000 comptes en ligne qui ont été créés dans la dernière année, et une quarantaine de permis sont depuis disponibles sur le site internet.

« Il y a aussi des services que les citoyens ne voient pas dans leur quotidien, mais qui avaient besoin d’être mis à jour », selon M. Croteau.

Ce dernier rapporte que 80 % des effectifs de la Ville faisaient face à une forme de désuétude numérique il y a de cela quelques années.

« Le télétravail aurait été impossible si nous n’avions pas mis en place les outils numériques nécessaires à cet effet. »

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