Préparer le Québec à la venue de l’intelligence artificielle: comment mieux soutenir notre société

Préparer le Québec à la venue de l’intelligence artificielle: comment mieux soutenir notre société

Depuis mes derniers écrits, j’ai participé à divers événements et formations en présentiel et virtuel sur la venue de l’IA. C’est le Forum sur l’encadrement de l’IA tenu le 2 novembre dernier, chapeauté par le Conseil de l’Innovation du Québec (CIQ), qui m’a poussée à mener une réflexion multidimensionnelle. Ayant suivi les travaux du CIQ depuis le printemps dernier, le contenu livré semblait plein de bon sens pour la geek que je suis. Cependant, en écoutant tous les merveilleux experts, les deux brefs discours du ministre Fitzgibbon et les propos de notre Innovateur en Chef du Québec Luc Sirois, une question me titillait constamment : comment allons-nous procéder pour bien enseigner à tous ces gens qui n’évoluent pas directement dans le domaine des hautes technologies, ce qu’est l’IA, cet ensemble de théories et de techniques visant à réaliser des machines capables de simuler l’intelligence humaine?

L’IA s’étend à la fois aux mathématiques et aux sciences cognitives, chez l’humain et chez la machine, et nous demande une compréhension de base en neurobiologie computationnelle et en logique mathématique, des connaissances dont tout le monde n’a pas l’acquisition infuse et naturelle. Parfois, je trouve cela très aride ; l’humain me manque. Et je suis quelqu’un de plutôt cartésien…

Donc, en me plaçant dans les souliers de la population (empathie) qui n’a pas un fond de geekitude coulant dans ses veines, j’ai tenté de réfléchir au « pourquoi » du « comment » soutenir notre société québécoise.

Nos présents élus veulent accroître la richesse du Québec ; faire de la province un leader dans le domaine de l’IA est l’un des piliers fondamentaux pour y arriver, alors voici ce que je propose pour la collectivité provinciale, et le plus vite sera le mieux !

Accès

1. Tous les Québécois doivent avoir un accès numérique haute vitesse sur fibre optique pour des résultats optimaux de « clics ». L’IA mobilise beaucoup de capacités computationnelles. L’attente devient un frein aux apprentissages.

Littératie

2. Renforcer une littératie technologique assez tôt et en amont, avant que les enfants ne soient collés aux écrans. Comparez cela à donner de bonnes habitudes alimentaires. C’est l’étape qui a été omise avant l’émergence des divers plateformes et médias sociaux. Les jeunes et adultes qui les fréquentent, et qui y ont pris de mauvais plis quant à leurs interactions avec la technologie, en font aujourd’hui les frais, et la note en est salée…

En plus d’utiliser la technologie, il faut avoir une base de ce qu’il y a sous le capot (comment ça marche), tout comme pour une voiture. Ces lacunes causent et continueront de causer des problèmes en cybersécurité et en publication de contenu sensible, dans le contexte où les engins d’IA sont accessibles au grand public. Quels sont les coûts environnementaux liés à l’IA? Qu’est-ce qu’un droit d’auteur et son importance? Les travaux fondamentaux sur la pensée critique en IA et le niveau de délégation accordée à la technologie doivent être établis et communiqués clairement.

3. Offrir des sessions de base sur l’IA générative vs classique ou développée, dans les milieux scolaires ainsi que pour les adultes/parents, au cours de sessions conçues pour étudiants libres, dans les collèges et universités ; le mode de livraison (virtuel ou présentiel) se décide selon divers critères de contenu et de soif de connaissances des auditoires cibles. La rédactique des requêtes (prompt engineering) est une obligation.

4. Encapsuler tout le volet de la cybersécurité rattachée à l’IA et développer des webinaires suivis de sessions de type « questions/réponses ». Le Ministère de la Cybersécurité et du Numérique endosse cette initiative.

5. Pour les entreprises œuvrant dans des secteurs autres que les technologies de l’information et systèmes informatiques, développer des curriculums centrés sur leurs domaines d’exploitation respectifs. Elles seront beaucoup plus intéressées à y participer, voyant d’ores et déjà les liens et bénéfices concrets qui se traduisent dans leur quotidien.

Momentum

6. Revisiter les apprentissages reçus via des activités tels que des sondages, tests ludiques, joutes créatives entre les participants des diverses classes/cohortes de formation, au fil du temps…

7. Produire un code de conduite en langage simple couvrant l’éthique, la gouvernance et les lois (qui ont des dents) en vigueur, au Québec, au Canada, aux États-Unies et en Union Européenne, soit nos plus grands partenaires commerciaux. J’ajoute la Grande-Bretagne, qui fait cavalier seul depuis le brexit. Pensez à un code de conduite automobile auquel les utilisateurs doivent se référer lorsqu’ils ont des questions. Le code doit être lu et compris (avec signature) avant d’utiliser une solution d’IA. Sinon, c’est à vos risques et périls!

8. Créer des communautés de pratiques avec modérateurs/experts en IA.

9. Que le Québec développe et gère un répertoire électronique de contenu pour le grand public.

Mitiger l’automatisation du baratin

10. Une recherche via Google avec les mots clés « meilleures + méthodes + enseignement + ia » donne des résultats intéressants. Toutefois, il faut enseigner au grand public comment choisir ce qui est véridique et adapté à nos réalités contextuelles.

Les opportunités sont extraordinaires ; il faut bien les choisir, les hiérarchiser en termes de priorité, les expliquer clairement et leur offrir un encadrement solide et itératif répondant à toutes les parties prenantes, avec respect et empathie. Nous avons toutes et tous un rôle à jouer dans cette révolution technologique et humaine.

Grande reconnaissance envers René-Sylvain Bédard, Simon Bourdeau et Thibaut Coulon pour leur fantastique revue et apport.

Enfin, je vous conseille de consulter La Déclaration de Montréal pour un développement responsable de l’intelligence artificielle et de vous y référer en guise d’exemple.

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Crédit Image à la Une : Tara Winstead (Pexels) et Depositphotos