DistriQ en passe de faire du Québec la puissance mondiale la plus en vue dans le quantique

DistriQ en passe de faire du Québec la puissance mondiale la plus en vue dans le quantique

« Historique », « révolutionnaire » et « sans précédent », autant de superlatifs lancés lors de l’inauguration de l’Espace quantique 1 cette semaine pour qualifier le développement de DistriQ à Sherbrooke. En passe de faire du Québec une puissance mondiale incontestée dans le quantique, cette zone d’innovation et les experts qu’elle mobilise ambitionnent de révolutionner plusieurs domaines dans la foulée, notamment la santé, la finance et le développement durable.

Accélérant son développement au profit du progrès de la recherche et de l’innovation en quantique, DistriQ bénéficiera ainsi d’investissements majeurs totalisant 166 M$, dont 65,3 M$ octroyés par le gouvernement du Québec, afin de mener cinq projets annoncés ce vendredi par le ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, Pierre Fitzgibbon, en présence du premier ministre François Legault, d’acteurs du quantique et de membres de la presse.

65,3 M$ pour la concrétisation de cinq grands projets

Le premier ministre Françcois Legault et le ministre Pierre Fitzgibbon en conférence. (Photo : Chloé-Anne Touma)

28,77 M$ pour l’Espace quantique 1

28,77 M$ de la part du ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie (MEIE) iront à l’Espace quantique 1, un lieu de travail collaboratif au concept unique dans le milieu, qui accueillera plusieurs acteurs issus de la recherche et des affaires, promettant d’inspirer la création d’autres Espaces quantiques dans un proche avenir. « C’est ici qu’une quinzaine d’organismes et d’entreprises pourront collaborer et partager leurs expertises respectives en quantique. C’est la première vitrine du genre en Amérique du Nord dans le domaine », a fait valoir le ministre Fitzgibbon.

« C’est ici qu’une quinzaine d’organismes et d’entreprises pourront collaborer et partager leurs expertises respectives en quantique. C’est la première vitrine du genre en Amérique du Nord dans le domaine. »

– Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie

En entrevue avec CScience, le premier ministre a martelé y voir les assises et la reconnaissance du savoir-faire du Québec, mais aussi de ses régions à l’échelle internationale. « On vient d’ailleurs d’en voir de beaux exemples en quelques mois, avec l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), qui aide à créer la filière batterie pour les véhicules électriques dans toute la Mauricie et dans le Centre-du-Québec, et là, aujourd’hui, avec l’Université de Sherbrooke (en Estrie), grâce à laquelle on crée de l’emploi dans un domaine d’avenir, celui de toutes les sciences quantiques, ce qui est quand même extraordinaire ! », a soutenu M. Legault.

@chloe_decode Québec annonce un investissement de 65 M$ dans la zone d’innovation quantique DistriQ pour la création de l’Espace quantique 1 et la réalisation d’autres projets, avec l’objectif de propulser l’expertise sherbrookoise et québécoise à l’international comme jamais auparavant. Avec les propos de François Legault et Pierre Fitzgibbon. #quantique #quebec #economie #entreprise #quantum #canada #sherbrooke #technologies #innovatiob #quantumcomputing ♬ original sound – Chloe decode

L’Espace quantique 1 mettra locaux et matériels à disposition des startups, entreprises et organismes impliqués, en plus de leur offrir le DevTeQ, un laboratoire d’une surface de 20 000 pi2 offrant un avantage compétitif sur le marché, « parce qu’on y a accès à plusieurs infrastructures de pointe que beaucoup de compagnies concurrentes doivent se procurer autrement », explique Julien Camirand Lemyre, président et co-fondateur de Nord Quantique, soit l’une des premières entreprises à s’être implantées dans la zone d’innovation.

« Nord Quantique a été créée en 2020, comme un spin-off (une dérivée) de ce qui se fait à l’Université de Sherbrooke, et nous avons vraiment développé notre compagnie et notre équipe au sein de l’écosystème de chercheurs de l’université, pour ensuite venir nous implanter dans la zone d’innovation, qui nous permet de propulser notre développement, tant sur le plan des affaires que sur celui des technologies, en bénéficiant d’un accès privilégié à un bassin incomparable de talents et d’infrastructures. C’est très concret pour nous », insiste le président de Nord Quantique, dont plus de 50 % des salariés sont issus de l’écosystème quantique sherbrookois.

15 M$ pour l’implantation de la startup française PASQAL

Julien Camirand Lemyre, président et co-fondateur de Nord Quantique, et Georges-Olivier Reymond, PDG de PASQAL. (Photo : Chloé-Anne Touma)

Un prêt de 15 M$ soutiendra l’implantation de la firme PASQAL dans la zone d’innovation de Sherbrooke, afin que l’entreprise française y fabrique des ordinateurs quantiques destinés au marché nord-américain.

« Dorénavant, le Québec représente notre point d’ancrage pour les marchés clés de l’Amérique du Nord. La singularité de l’Espace quantique 1 et de son écosystème diversifié conférera une visibilité de premier plan à nos activités à l’échelle internationale, générant une croissance porteuse de retombées locales et de nombreuses possibilités de développement », a déclaré le PDG de PASQAL, Georges-Olivier Reymond.

10 M$ pour lancer le fonds d’investissement Quantacet

Le gouvernement provincial accorde 10 M$ au lancement du fonds d’investissement Quantacet, soit le premier fonds de capital de risque spécialisé dans le quantique au Québec. S’engageant à soutenir une vingtaine d’entreprises au cours des cinq prochaines années, en privilégiant des secteurs comme l’informatique, les communications, les capteurs et les matériaux, Quantacet annonce d’ailleurs une première clôture de 20 millions de dollars au bénéfice de l’essor de jeunes pousses en technologies quantiques dans la province.

« Combinant l’expertise en financement avec le savoir-faire technique en quantique, Quantacet est l’un des rares fonds dans le monde à se spécialiser en quantique et à démystifier ce qu’on fait. »

– Martin Laforest, directeur quantique stratégique de l’ACET et gestionnaire du fonds Quantacet

« On s’est donné comme mandat de soutenir et financer les jeunes compagnies les plus ambitieuses de la province, et de fédérer l’écosystème du capital de risque d’ici et d’ailleurs, pour la création de fleurons, non seulement au Québec et au Canada, mais aussi à l’international. Combinant l’expertise en financement avec le savoir-faire technique en quantique, Quantacet est l’un des rares fonds dans le monde à se spécialiser en quantique et à démystifier ce qu’on fait », a précisé le directeur quantique stratégique de l’ACET et gestionnaire du fonds Quantacet, Martin Laforest, qui a vécu 20 ans à l’extérieur du Québec avant de rentrer au bercail il y a seulement deux ans, « spécifiquement pour les concepts d’innovation de Quantacet ».

7,05 M$ pour l’institut quantique de l’Université de Sherbrooke et la formation de la relève

Québec accorde 7,05 M$ à l’institut quantique de l’Université de Sherbrooke pour encourager la formation de talents dans le domaine quantique.

« Ce n’est pas un hasard si l’Université de Sherbrooke a été choisie (pour établir la zone innovation quantique), a indiqué M. Legault. L’Université de Sherbrooke a peut-être compris avant d’autres qu’il fallait appliquer ce qu’on fait. Elle a développé les sciences quantiques à une époque où pas grand monde pensait que cela mènerait à quelque chose », a-t-il ajouté.

« Le défi aujourd’hui n’est plus de créer des emplois, puisqu’on parle presque de plein emploi au Québec, mais bien de faire passer des salaires de 50 000 $ à 100 000 $ par année, et c’est ce qu’on parvient à faire aujourd’hui à Sherbrooke. »

– François Legault, premier ministre du Québec

Rappelons que la Plateforme d’innovation numérique et quantique (PINQ2), en charge de la gestion du superordinateur inauguré en septembre dernier à l’usine IBM de semi-conducteurs de Bromont, sollicite notamment l’expertise de l’Institut quantique de l’Université de Sherbrooke avec lequel elle collabore.

Ordinateur quantique d’IBM à Bromont : une journée historique et « un pas de géant » pour le Québec

Questionné par CScience quant aux enjeux relevant du besoin de main-d’œuvre qualifiée dans le secteur des technologies, le premier ministre a souligné que « Ça fait longtemps, à l’Université de Sherbrooke, qu’on a développé des sciences, dont les sciences quantiques. Au Québec, on a la chance d’avoir 18 universités, réparties dans toutes les régions, et on repose maintenant sur les talents qui en sont issus pour créer des emplois bien rémunérés. Le défi aujourd’hui n’est plus de créer des emplois, puisqu’on parle presque de plein emploi au Québec, mais bien de faire passer des salaires de 50 000 $ à 100 000 $ par année, et c’est ce qu’on parvient à faire aujourd’hui à Sherbrooke. »

Le directeur général par intérim de DistriQ, Martin Enault, n’a pas non plus caché son émotion : « Le quantique est vraiment l’une des bases de l’économie de demain, et du futur du Québec. C’est à partir de cela qu’on va pouvoir s’inspirer des meilleures pratiques qui vont nous propulser ailleurs (…) La zone d’innovation n’a rien à envier aux autres dans le monde, nous sommes vraiment les meilleurs experts et collaborateurs, et l’Institut quantique avec lequel on collabore est reconnu mondialement. »

4,5 M$ pour la mise en place de QV Studio et la création d’entreprises prometteuses

La directrice générale de Quantum Venture Studio, Sarah Jenna, en entrevue avec CScience. (Photo : CScience)

Le gouvernement du Québec investit enfin 4,5 M$ pour lancer Quantum Venture (QV) Studio, le premier studio dédié aux jeunes pousses spécialisées en technologies quantiques au Canada. En partenariat avec les fonds de capital-risque Quantonation et Quantacet, le studio vise à évaluer et valider le potentiel commercial de nouvelles solutions technologiques quantiques. À travers son programme, on prévoit l’évaluation de 200 technologies quantiques, l’émergence de 20 startups, la création de 400 emplois et la levée de plus de 120 millions de dollars de fonds de pré-amorçage et d’amorçage au cours des dix prochaines années.

« C’est une sorte d’usine à jeunes pousses, amenant aux candidats une équipe chevronnée, du financement approprié, de l’infrastructure de pointe, une crédibilité renforcée par deux fonds de recherche de capital de risque en Quantacet et Quantonation, et une  capacité d’attraction des organisations souhaitant incorporer des technologies quantiques. »

– Sarah Jenna, directrice générale de Quantum Venture Studio

La première cuvée de groupes technologiques soutenus par le studio commencera l’aventure dès le mois de février, avec l’objectif de donner naissance à deux nouvelles startups d’ici la fin de l’année 2024. Sarah Jenna, directrice générale de Quantum Venture Studio, explique en entrevue avec CScience que « 2 entreprises seront créées chaque année, soit 20 startups au minimum sur une période de dix ans. » Il faudra lever des fonds de 120 M$ sur dix ans pour qu’elles disposent de financements de pré-amorçage et d’amorçage, et puissent embaucher une vingtaine d’employés chacune.

« Les équipes technologiques ont été choisies avant même que les startups existent, parce qu’on n’a pas besoin que la compagnie soit déjà incorporée. C’est là toute la différence entre un studio et un accélérateur ou incubateur. Mon travail et de m’entretenir avec les chercheurs universitaires et de bien cerner leurs innovations, pour qu’on puisse ensuite suivre les étapes d’un programme de trois ans : la première année, on identifie les applications et on cible le marché. À partir de la deuxième année, on commence à décider quelles technologies méritent d’incorporer une organisation. Deux organisations seront incorporées, grâce à deux rondes de financement à travers lesquelles on investit 300 000 $ en argent, et 1 000 heures en consultation dédiée aux aspects opérationnels et au développement d’affaires. Puis, à la troisième année, on les aide à lever des fonds de 5 M$, pour qu’elles volent de leurs propres ailes (…)  C’est une sorte d’usine à jeunes pousses, amenant aux candidats une équipe chevronnée, du financement approprié, de l’infrastructure de pointe, une crédibilité renforcée par deux fonds de recherche de capital de risque en Quantacet et Quantonation, et une  capacité d’attraction des organisations souhaitant incorporer des technologies quantiques. »

Démystifier la révolution quantique et ses retombées concrètes : entre réjouissance et défis d’acceptabilité sociale

Martin Enault, directeur général par intérim de DistriQ, et Martin Laforest, directeur quantique stratégique de l’ACET et gestionnaire du fonds Quantacet. (Photo : Chloé-Anne Touma)

Malgré leur enthousiasme marqué pour les retombées attendues d’une telle promesse, les acteurs de l’innovation interpellés par CScience se disent bien conscients de la rupture observable entre le discours des secteurs de l’économie, de l’innovation et de la science, et l’opinion d’une partie de la population souvent réfractaire aux transformations qu’engendre le progrès technologique et scientifique.

Réduire l’empreinte carbone tout en assurant une puissance élevée de calcul

Pour Mme Jenna, l’acceptabilité sociale passera notamment par l’éveil aux bénéfices des avancées qu’amènera le quantique en santé, par la découverte de médicaments ou de remèdes, ou encore en développement durable, par exemple, puisque « les ordinateurs quantiques sont dix à 100 fois moins énergivores que les ordinateurs classiques, tout en étant beaucoup plus puissants ».

Selon M. Enault, il faut travailler en amont pour assurer une transmission cohérente de l’information et sensibiliser la population aux manières d’aborder les retombées attendues, « parce que lorsqu’on ne voit pas tout de suite les résultats et la concrétisation des promesses accompagnant les investissements dans l’innovation, on a du mal à bien en saisir les implications ».

M. Laforest qui, quant à lui, a passé 15 années de sa vie à démystifier le quantique, rappelle que bien qu’il s’agisse d’une science difficile à vulgariser auprès du commun des mortels, « c’est le cas pour toutes les innovations. Peu de gens sont à même d’expliquer comment fonctionnent les automobiles, et ce n’est pourtant pas faute de tous en conduire. Il faut avoir une approche plus nuancée et reconnaître que malgré l’apparence complexe des technologies, les applications qu’on peut en faire sont relativement simples et accessibles, et peuvent permettre d’optimiser la précision en imagerie médicale ou encore la prospection minière, de s’allier à l’intelligence artificielle et résoudre des problèmes de logistique. Lorsque je démystifie le quantique auprès de la population, j’essaie d’illustrer l’omniprésence des technologies au quotidien, en rappelant qu’on les côtoie déjà beaucoup, que nos cellulaires, nos télécommandes et autres outils du quotidien sont des ordinateurs auxquels nous sommes tous habitués. »

@chloe_decode J’ai pu assister au dévoilement de l’ordinateur quantique d’@IBM, le Quantum System One, à Bromont lors de son inauguration le 22 septembre. Voilà de quoi ça a l’air ✨ #quantique #ibm #ordinateurquantique #bromont #quebec #canada ♬ original sound – Chloe decode

Crédit Image à la Une : Le premier ministre François Legault, s’apprêtant à couper le ruban inaugural. (Photo : Chloé-Anne Touma)

Pour mieux saisir les possibilités qu’amène le quantique :

La promesse de l’informatique quantique : ce qu’il faut en comprendre

Des exemples concrets :

[ENTREVUE : Éric Capelle] L’ordinateur quantique pour lutter contre les feux de forêt et les inondations