Bâtir des champions locaux de l’IA

Le Forum stratégique sur l’IA de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) a mis en lumière la nécessité de bâtir des champions locaux, afin d’accélérer l’adoption de l’intelligence artificielle (IA) par une masse critique d’entreprises.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’IA n’en est qu’à ses balbutiements. Au-delà de la recherche fondamentale, on développe des solutions concrètes en entreprise depuis à peine 5 ans au Québec.

« Même si nous en voyons tous les bénéfices, on ne peut pas forcer les PME à embarquer dans l’aventure de l’IA, selon Stéphane Paquet, PDG de Montréal International. Nous y avons réfléchi avec la Caisse de dépôt, il y a six mois, et je pense encore qu’il faut créer des champions dans dix à quinze secteurs clés. »

« Ça prend plus de Success stories. Ça prend plus de Shopify, de Lightspeed… Pas un aux dix ans, ça en prend un par année! » Magaly Charbonneau, Associée chez Inovia Capital

Selon Mme Charbonneau, les employés qui vivent de très grands succès avec des entreprises d’ici apportent une grande valeur à notre écosystème, parce qu’ils ont appris comment bâtir des champions.

QUELLE EST LA RECETTE POUR CRÉER DES CHAMPIONS DE L’IA ?

Le travail de Magaly Charbonneau au fonds de capital de risque Inova consiste justement à trouver et à accompagner les prochains champions en IA.

L’ambition

Qu’ils soient en phase de démarrage ou de croissance, elle cherche avant tout « des entrepreneurs qui ont des ambitions de bâtir des entreprises d’envergure, de les amener à la bourse, de créer le plus d’emplois possibles dans notre écosystème.»

L’ambition d’avoir un impact et d’être un acteur de ligue majeure est une caractéristique importante qui explique le succès d’ÉlémentAI, malgré les difficultés commerciales qui sont survenues par la suite, selon Denis Thérien, maintenant vice-président, recherche et partenariats en R-D de ServiceNow.

« Nous, on vise le podium, affirme Louis Têtu, PDG de Coveo. On investit 42 millions $ par année en ventes marketing. On se différencie, on sait à qui on s’adresse à travers le monde, contre qui on compétitionne et on mesure la valeur que l’on crée avec nos clients. On réalise que seules les entreprises qui grossissent à plus de 40 % réussissent à créer de la valeur économique. »

L’obsession du client

Louis Têtu, PDG de Coveo, fait partie de ces ambitieux à qui l’aventure de l’IA a souri. Son entreprise a connu une croissance fulgurante depuis sa création en 2004. L’entreprise s’est hissée au rang de leader mondial avec du soutien financier privé, la FTQ et Investissement Québec. Elle compte 600 employés au Québec.

Selon lui, la recette du succès passe par le client. « On ne peut valoriser la recherche et l’application que lorsqu’on va chercher des clients et que l’on comprend la valeur que l’on crée dans un marché. Dans notre cas, c’est l’application de l’IA pour la personnalisation du commerce électronique (en B2B) et des expériences numériques avec des leaders mondiaux. »

« Notre différenciation, c’est l’obsession du client. »
– Louis Têtu, PDG de Coveo

La collaboration

« Il y a vingt ans au Québec, on n’avait pas le capital, aujourd’hui nous l’avons. On a le talent. Je pense qu’il faut travailler plus ensemble. J’ai été un des premiers clients de Dialogue en grosse partie parce que c’était une entreprise d’ici », ajoute Louis Têtu.

Le talent

En janvier, Mila a annoncé la création de dix nouvelles chaires de recherche. Avec des professeurs de calibre international, l’institut attire les meilleurs talents à Montréal.

« Le talent, c’est notre mine d’or au Québec, affirme Louis Têtu, mais le problème c’est qu’on affiche une bien piètre performance au niveau de la réalisation de la valeur économique. S’il faut choisir entre être un leader technologique ou être un leader économique.  Moi, je veux être un leader économique parce que je veux léguer à mes enfants de la prospérité pour qu’eux soient capables de payer des hôpitaux et des écoles ».

Il donne l’exemple l’industrie du jeu vidéo, qui s’est développée ici, mais dont nous ne sommes pas propriétaires. « Il faut exploiter le talent chez nous et ne pas être un sous-traitant ? »

Actuellement, seulement 16 % des entreprises vont au-delà du projet-pilote en IA, renchérit Magaly Charbonneau (citant une étude de McKinsey). 

« Notre rôle, c’est de transformer le leadership académique en leadership économique » Magaly Charbonneau, Associée chez Inovia Capital

ET LE RÔLE DE L’ÉTAT DANS TOUT ÇA ?

Les gouvernements ont plein d’occasions de soutenir les champions locaux, surtout dans le domaine de la santé, selon Alexis Smirnov, Chef de la technologie et cofondateur de Dialogue, une entreprise à forte croissance qui œuvre en télémédecine.

Il donne l’exemple du Ministère de la Santé qui a fait appel à la communauté de l’IA durant la pandémie. Dialogue a fait converger les efforts pour qu’en quelques semaines les gens puissent trouver de l’information sur la Covid-19 en ligne. Smirnov ajoute que les données économiques et de santé relevant des pouvoirs publics pourraient être mises en valeur et servir de moteur pour propulser l’IA dans le secteur de la santé.

Pour Magaly Charbonneau, les conditions fiscales, les règles d’immigration et de visa sont importantes pour faciliter le recrutement des talents par des entreprises qui ont des sièges sociaux au Québec. « La chose la plus difficile en ce moment pour les entrepreneurs, c’est de garder le talent avec toute la compétition mondiale », dit-elle.

Selon une étude d’Accenture, commandée par le CIFAR qui dirige la Stratégie pancanadienne en matière d’intelligence artificielle au pays, le Canada est passé du 24e rang mondial au 4e rang sur l’indice de migration du talent en IA dans les cinq dernières années.

« Nous sommes passés d’exportateur de talents à importateur important de talents. » – Stéphane Létourneau, Vice-président exécutif Mila

Louis Têtu estime qu’il manque encore 216 000 talents en numérique. Par conséquent, l’État doit poursuivre ses efforts en éducation, selon lui, parce que les scientifiques de données formés au Québec servent de levier pour les entreprises d’ici.

Enfin, dans un contexte de plein emploi, il se met en porte-à-faux des politiques actuelles  en demandant aux gouvernements de limiter les interventions à l’étranger pour attirer d’autres géants de l’IA.[i]

« J’ai perdu 13 employés dans les deux derniers trimestres. » – Louis Têtu, PDG de Coveo

Il faut réaliser, selon lui, que les entreprises qu’on attire ici avec nos investissements publics viennent nous compétitionner pour les talents aussi.

Alors, sommes-nous en train de créer des champions de l’IA au Québec ?

– Pour sa part, Louis Têtu y croira « lorsque nous aurons appris à créer de la valeur économique à partir de l’intelligence artificielle et non simplement à mesurer l’activité ».

 

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[i] Liste des principaux leaders mondiaux ayant choisi Montréal pour investir en IA (nov. 2016 à janv. 2021) : Google, Microsoft, IBM, Facebook research, DeepMind, Thales, Borealis AI, Microsoft research, Techstars, Havas Group, Huawei, Samsung, Good AI Capital, QuantumBlack, Denso, Corning, Ericsson, Unity, Novartis, Behavox, Biome de Novartis, Servicenow, Servier, Aspentech.

Source : Montréal international.

 

 

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