LE RETARD TECHNOLOGIQUE DANS LES CIUSSS

LE RETARD TECHNOLOGIQUE DANS LES CIUSSS

Malgré le plan de transformation numérique du système de santé, le Québec accuse un retard en matière de déploiement des solutions technologiques. Cscience IA a voulu en savoir plus sur ce dossier épineux. 

Dans les CIUSSS, on est très, très loin de l’intelligence artificielle. Il faudrait déjà troquer le crayon pour le clavier. 

Redondances, redondances

“Nous quand on a créé le CIUSSS, qui est issu de la fusion de 5 anciens établissements, on s’est ramassés avec 700 systèmes informatiques.”

C’est un.e PDG de CIUSSS qui s’exprime ainsi, dans le cadre d’un rapport sur les perceptions de 11 dirigeants d’établissements de santé universitaire au Québec à propos de la santé connectée. Pour des raisons de confidentialité, le rapport préserve l’anonymat des intervenants.  

“On a trois systèmes différents pour les blocs opératoires,” poursuit l’intervenant.e. “Sur les 700 systèmes, on en a environ 450 cliniques et le reste c’est administratif, donc finance, paie et tout ça.”

Un.e autre dirigeant du CIUSSS avance qu’il existe cinq versions différentes du logiciel OASIS au sein de son organisation, et que ces versions ne se parlent pas.

“C’est tellement fragmenté,” constate Marie-Pascale Pomey, une des instigatrices du rapport. “Et comme les systèmes ne se parlent pas, c’est difficile de voir l’impact d’un système sur l’autre…”

La santé connectée

“Dans une situation de grande urgence, on peut pas dire qu’on est bien équipés,” poursuit-elle.

Depuis la Covid-19, des entreprises locales comme PixMob s’adaptent afin de contribuer à l’offre technologique des établissements de santé. Le bracelet lumineux du SuperBowl devient un rappel automatisé de mesures hygiéniques.

Il s’agirait là d’une tendance lourde. Selon le Market research report de Microsoft, on comptait 73 millions d’appareils de santé connectés à travers le monde en 2016. En 2020, ils seront 161 millions. 

“Marcher avant de courir”

Dans les CIUSSS, on est encore loin du bracelet connecté ou de l’intelligence artificielle: les données des patients ne sont pas numérisées.

Le dossier médical est encore papier, quelques fois numérisé (pdf) mais très rarement numérique”, peut-on lire dans le rapport. 

La population semble attendre cette transformation numérique des établissements. Une consultation publique menée par le gouvernement du Québec lors du déploiement de sa stratégie numérique 2019-2023 dévoile que 97% des répondants souhaitent que les nouveaux services publics soient toujours offerts en version numérique. Des rappels automatisés pour rendez-vous médicaux sont mentionnés parmi les priorités citoyennes. 

Pourquoi ce retard?

Les dirigeant.e.s blâment entre autres la lourdeur administrative notoire du système de santé pour expliquer ce retard. La réforme Barrette est souvent citée par les répondant.e.s. Les salaires supérieurs du secteur privé limitent le développement d’expertise dans le secteur privé. 

“Ce n’est pas une question de technologie, c’est effectivement une question de culture.”, explique un.e des répondant.e.s “Et, cela prend beaucoup de temps de changer de culture, parce que beaucoup de nos professionnels n’ont pas l’expérience ou la formation dans le domaine des technologies digitales, alors c’est difficile.”

“C’est celui qui crie le plus fort qui est capable d’avoir sa tech,” explique Marie-Pascale Pomey. Celle-ci conclut que les cliniciens, travailleurs autonomes dans les organisations de santé, sont capables de faire valoir leurs besoins technologiques au-delà des impératifs de l’organisation. 

Des médecins informaticiens?

Marie-Pascale Pomey stipule qu’une formation technologique relève de l’urgence dans le parcours académique du corps professionnel médical. “Pourquoi pas plus de médecins informaticiens au Québec?”, demande-t-elle. “Ça existe ailleurs. On a besoin d’avoir des médecins qui sont des pros du système de l’information.”

La chercheure dévoilera prochainement une étude réalisée avec ses collègues auprès des étudiants en médecine afin de mesurer l’aise numérique des nouvelles cohortes de médecins.  

 

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