Transport autonome: quel avenir pour l’IA?

Les industries technologiques n’ont pas fini de nous surprendre. En 2015, La Fondation ProMare et IBM ont fait un rêve:  un trimaran entièrement autonome traversant l’Atlantique Nord. À bord, aucun capitaine pour manœuvrer le bateau mais un “cerveau” entraîné pour éviter les passages en eaux troubles. Fin 2020, leur vœu est exaucé. Pendant ce temps, la ville de Candiac se positionne sur les navettes sans conducteur. Focus sur deux odyssées technologiques qui marquent un tournant dans le monde de la navigation et de la mobilité collective.

L’IA FACE À L’OCÉAN

Dans son voyage inaugural, le Mayflower Autonomous Ship (MAS) tentera en mai 2021 de faire face aux adversités climatiques. Du moins, c’est ce que souhaitent les équipes qui l’ont entraîné à anticiper les dangers du milieu marin. À l’image de la première version de 1620, celui-ci va fendre les flots à contre-courant. Par quels moyens le navire en aluminium de 15 mètres pourra s’adapter aux caprices de l’Atlantique?

“No man on the loop”

C’est sur les côtes anglaises de Plymouth qu’a été présenté à la presse cette prouesse technologique, élaborée par un consortium de partenaires mondiaux. Les deux principaux protagonistes étant ProMare qui finance et coordonne les études scientifiques et IBM. Dans l’aventure, le géant historique de l’informatique est le pourvoyeur officiel des programmes d’intelligence artificielle.

 À l’aube du projet, le secteur IA Power Vision d’IBM se demande comment il peut apporter au constructeur Brett Phaneuf, une technologie fondamentale qui constituera le capitaine virtuel du navire. Le directeur général du Mayflower partage sa vision de ce projet un peu fou au micro d’Audrey Adams:

« C’est le courage et la détermination des pèlerins anglais qui nous ont poussé vers ce nouveau voyage, 400 ans plus tard ». – Brett Phaneuf, directeur général du Mayflower

Dans cet entretien, il explique comment des logiciels complémentaires ou stacks agissent afin que le trimaran mène sa mission avec habilité. Dans le panel de solutions signé IBM, Maximo Vision apprend au robot à analyser les images pour la détection d’obstacles.

Le Deep Learning (Apprentissage Machine) sert à traiter la vision du robot qui va interpréter les circonstances imprévues tout en respectant les règles de navigation. Les algorithmes d’optimisation combinatoire (CPLEX) mesurent le meilleur itinéraire à prendre sur les 5000 kilomètres, ce qui le rend proactif, comme un véritable pilote. La combinaison de ces technologies intégrées fournissent une chaîne de calculs permettant au navire d’optimiser  son comportement. À chaque seconde, il cartographie la zone à l’aide de six caméras et d’une trentaine de capteurs embarqués.

 

Une vision écologique

Pour les années à venir, le trimaran rendra compte des mystères sous-marins qui relient la Grande-Bretagne aux États-Unis. La vision de Brett Phaneuf étant de fournir un moyen de collecte de données plus sûr et plus rentable dans un but scientifique. Cette formule du XXIème siècle dotée d’un moteur biodiesel de secours se déplace grâce à l’énergie solaire.

Image: extrait de TF1

Tout le long de son trajet, le bateau partagera avec les chercheurs des informations exploitables depuis la terre ferme. En effet, l’organisation de recherche marine ProMare permet à des océanologues d’y installer leur équipement pour passer au crible ce qui se passe sur la grande bleue et ainsi faire un bilan de son état de santé:  la qualité et la température de l’eau, le niveau de pollution plastique et la population marine. L’hydrophone identifiera les diverses sources sonores émanant des baleines afin d’établir par exemple leur nombre et leur itinéraire. 

Vers une extension du modèle ?

Dans la mesure où les résultats sont satisfaisants, Le Mayflower effectuera sa première traversée en deux semaines environ, selon la météo. Après cette expérience, on pourrait imaginer que ce modèle d’IA va en intéresser plus d’un: constructeurs de yachts, bateaux de croisière, de fret et pourquoi pas le monde de la voile.

Chez IBM, les instigateurs du projet Éric Aquaronne et Guilhem Molines sont unanimes sur la question de conserver un capital humain. Selon eux, un officier de quart digital peut fournir des recommandations afin de suivre au mieux les règles de navigation. Dans un contexte de course à la voile, on pourrait envisager d’étendre ses fonctionnalités:

«Dans un voilier, l’IA guiderait le navigateur sur la meilleure route en fonction de la météo prévue, sans dépendance à un routage venu du sol». – Guilhem Molines, Architecte principal ADS

La prévention et la détection d’obstacles serait un cas d’utilisation pertinent dans le cas où le skipper aurait besoin de se reposer. 

L’IA FACE AU TRANSPORT COLLECTIF

Le déploiement des navettes autonomes dans la municipalité de Candiac fut une première sur le sol canadien. En effet, ce projet pilote s’est déroulé sur un parcours de 2 km à partir du 4 octobre 2018. Dans une logique de consolidation, les opérateurs et les instances publiques établissent un bilan dans le forum Regards Croisés organisé par Propulsion Québec.

Post Mortem

Ainsi, le Québec souhaite se positionner comme leader en matière d’innovation et de mobilité dans une logique de développement durable. L’idée est de tester une nouvelle solution sur une zone qui dès lors, n’avait pas de transport collectif. Sa mission: combler le dernier kilomètre à des heures creuses ou pendant la nuit. 

C’est donc un an après la fin de l’expérience (décembre 2019) que le Maire de Candiac, Normand Diotte a offert un retour sur la performance de la navette. Les données sont encourageantes.

Doté de LIDARS, le véhicule écolo a su réagir aux obstacles, à se connecter avec les feux de signalisation intelligents et relever le défi des conditions hivernales.

 

De surcroît, on ne relève aucun accident pendant la période de sa mise en service. Côté humain, les habitants se sont senti en confiance pour expérimenter et aussi, en faire usage dans un cadre de vie normale. L’acceptabilité de la population est une des garanties de la réussite du projet. Pour sa ville, le Maire de Candiac voit loin:

« Si on regarde côté mobilité […] nous aimerions intégrer une ligne permanente avec ce type de transport […] relié à la ligne de train EXO». – Normand Diotte, Maire de Candiac

L’acceptabilité citoyenne

Pour atteindre la pérennité, le travail de communication est fondamental. De surcroît, la mise en place d’un tel service suscite des débats concernant la sécurité et l’emploi. L’IA va -t elle prendre la place des chauffeurs de bus? Normand Diotte se veut rassurant en répondant par la négative. Ici, il insiste sur la notion de service complémentaire à la demande. 

Kéolis, impliqué par ailleurs dans le développement du projet pilote, garde son attention sur la sécurité. En effet, la vitesse de la navette (15 km/h) a parfois crée frustrations et confusions. Même une machine entraînée peut mettre en danger son entourage avec un raisonnement biaisé. Clément Aubourg, responsable des véhicules autonomes chez Kéolis, insiste sur la notion de réajustement. Les équipes doivent faire progresser le développement technique avec une mise à jour des logiciels. 

En somme, pour que la cohabitation avec les automobilistes se passe dans les meilleures conditions, quelques retouches seront nécessaires. Les parties prenantes sont optimistes pour une réapparition de la navette prochainement et ad vitam eternam.

 

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