Rendre nos bâtiments moins énergivores grâce à l’IA

Un partenariat entre la société québécoise Enerzam et une équipe du département génie civil de l’Université tConcordia veulent développer des algorithmes qui permettront d’optimiser la consommation d’énergie des bâtiments québécois.

Pour Fuzhan Nasiri, c’est une évidence. « Aujourd’hui nous avons tout ce qu’il faut pour rendre nos villes, notre consommation d’énergie et nos bâtiments plus intelligents. Nous avons les données, les capteurs, les logiciels, etc. Tout ce qu’il nous reste à faire c’est diagnostiquer les problèmes, et y apporter des solutions. » Ce professeur associé au Département de génie civil, environnemental et du bâtiment de l’Université Concordia dirige les travaux entamés avec la société Enerzam, spécialisée dans l’ingénierie mécanique des bâtiments.

DES IMMEUBLES, DES SONDES ET DES OPPORTUNITÉS

D’après le dernier rapport sur l’état de l’énergie au Québec, le secteur du bâtiment, résidentiel, commercial et institutionnel, représente à lui seul 32% de notre consommation d’énergie, et 60% de cette énergie provient de l’électricité.

Réduire intelligemment cette consommation, c’est déjà ce que propose Enerzam à ses clients, avec entre autres un service de collecte de données et de programmation. Mais ils voulaient aller plus loin en ajoutant de l’intelligence à leurs solutions d’économie d’énergie. Les immeubles construits récemment sont truffés de sondes et de capteurs, justement destinés à déclencher le chauffage, la climatisation ou la ventilation dans un espace précis. «Grâce à ces capteurs, on reçoit constamment d’énormes quantités de données, et toutes ces données peuvent créer des opportunités intéressantes, nous explique Fuzhan Nasiri. « Typiquement, elles peuvent servir à entraîner des algorithmes. »

Pour l’instant, l’équipe de l’Université Concordia répertorie toutes les sondes de plusieurs bâtiments clients d’Enerzam, et détecte celles qui sont défectueuses. « On peut par exemple savoir beaucoup plus vite si dans une pièce, la climatisation se déclenche plus régulièrement que dans les autres espaces d’un même bâtiment. La partie de ce programme liée à l’intelligence artificielle constate ce type de défauts à partir des données, et nous propose une solution et assure la gestion du problème. » précise le professeur associé.

UNE GESTION PLUS INTELLIGENTE DES TARIFS ?

Les algorithmes seront capables de vérifier en temps réel tous les capteurs de plusieurs bâtiments, et indiqueront aux équipes techniques lesquels il faut ajuster, régler ou remplacer. Dans un deuxième temps, le Dr Nasiri souhaite adapter la consommation d’énergie et la ventilation en fonction du niveau d’occupation des immeubles. « Chaque humain est une source de chaleur, et grâce à des caméras, les algorithmes réagiront en fonction du nombre de personnes dans chaque pièce et adapteront les niveaux de chauffage ou de ventilation. »

Grâce à ses travaux, il espère pouvoir réduire la consommation d’énergie des bâtiments de 2 à 5%.

« Ce qu’on est en train d’essayer de mettre en place, entre l’IA, les bâtiments et les systèmes nuagiques, c’est le futur »Fuzhan Nasiri.

« Nous nous dirigeons obligatoirement vers cela, car c’est grâce à ce genre d’efforts que nous atteindrons nos objectifs de réduction de consommation d’énergie. » 

Mais si nous souhaitons réellement rendre nos villes moins énergivores, il faudra aussi que les autorités et Hydro-Québec s’emparent du problème. Selon Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, les villes et les pouvoirs publics ont encore de sérieux efforts à faire pour réduire la consommation d’électricité. Interrogé par Science IA en février, il nous précisait alors que « le contexte réglementaire partout au Québec n’incite absolument pas à gérer l’électricité d’une manière intelligente. L’électricité n’est pas chère, les tarifs sont tout sauf dynamiques, et l’intelligence artificielle ne changera rien tant qu’on n’aura pas une gestion plus intelligente des tarifs. »

  

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