Une application numérique pour prévenir l’Alzheimer

Luci, une application disponible sur téléphones intelligents aide les Canadiens à garder leur cerveau en santé en leur proposant des conseils afin de combattre la maladie d’Alzheimer. Une fois ajoutée à l’équation, l’intelligence artificielle (IA) pourrait même ouvrir la voie à un nouveau paradigme dans le domaine de la médecine préventive.

« On veut devenir le leader canadien en ce qui a trait au changement des comportements de la population », insiste Maxime Lévesque, chef de produit sénior chez Lucilab.

L’application dont il est question, c’est Luci.

À ce jour, le programme a déjà été téléchargé sur 650 téléphones intelligents et 150 utilisateurs ont été suivis par celui-ci.

Prévu pour les personnes âgées de 45 à 70 ans, Luci les met en relation avec des nutritionnistes, des psychologues et kinésiologues qui leur offrent des conseils pour améliorer leur activité physique, leur alimentation et pour leur donner des méthodes de stimulation intellectuelle.

Modifier ses comportements quotidiens peut avoir des résultats positifs pour diminuer les risques de développer des symptômes de maladies cognitives, souligne M. Lévesque.

Selon certaines études, jusqu’à 40% des cas de maladie d’Alzheimer sont attribuables à des facteurs de risque modifiables, c’est-à-dire à des facteurs liés au mode de vie.

« Luci identifie ce qui pourrait être changé dans les habitudes des utilisateurs et les aide à maintenir ces changements » -Maxime Lévesque, chef de produit sénior, Lucilab

De plus, pour que l’activité physique et mentale et l’alimentation saine aient un impact sur le cerveau, il est important de commencer tôt, avant le développement avancé des maladies cognitives. C’est pour cela que l’application s’adresse à des utilisateurs âgés de 45 ans.

En effet, la cascade pathologique menant à la démence débute 20-25 ans avant le moment où les patients rencontrent les critères diagnostiques de démence, selon l’équipe de Luci.

DES APPLICATIONS BÉNÉFIQUES, MAIS LIMITÉES

Déjà, l’application donnerait des résultats encourageants, affirme M. Lévesque.

« Une première étude révèle que l’utilisation de l’application Luci par un groupe de 39 adultes de 50 à 70 ans a permis d’entraîner un changement cliniquement significatif dans l’adoption d’une saine alimentation, le niveau d’activité physique ou le degré de stimulation intellectuelle chez environ la moitié des participants après 8 semaines en moyenne. »

Ces résultats poussent les concepteurs à passer à la prochaine étape de validation clinique du programme, prévue pour cet automne.

Selon l’Institut national de santé publique du Québec, plusieurs études démontrent les effets bénéfiques, quoique limités, des technologies numériques pour promouvoir l’adoption d’un mode de vie physiquement actif.

« Les interventions utilisant les technologies numériques, ou bénéficiant de leur apport pour promouvoir l’activité physique, obtiennent de façon générale des résultats modestes, mais positifs », rapporte un document monté par l’organisme.

Toutefois, l’état actuel des connaissances ne permet pas de statuer sur la capacité des technologies numériques à favoriser des changements durables dans les habitudes d’activité physique de la population.

L’IA POUR ALLER PLUS LOIN

L’idée à l’origine de Luci proposait d’intégrer de l’IA pour propager les conseils aux utilisateurs.

« Au départ, on voulait créer un agent conversationnel pour automatiser les échanges, mais la technologie n’est pas encore là. Les conseils demandent une complexité qu’une IA telle qu’on la retrouve sur le marché en ce moment n’aurait pas pu nous offrir », explique l’ingénieur chez Lucilab.

Toutefois, les algorithmes pourraient aider les conseillers à améliorer leurs interventions et à mieux suivre les utilisateurs grâce aux données extraites avec l’application.

« Clairement, nous aurons besoin de l’IA afin de rendre l’application accessible à un plus grand nombre de personnes possible » -Maxime Lévesque

L’entreprise derrière Luci travaille déjà avec le Conseil national de recherches du Canada pour qu’à long terme, l’application puisse automatiser certaines des interventions.

« Une IA serait en mesure de mieux connaître des individus qu’un conseiller. Avec les données on pourra éventuellement créer un service sur mesure pour la majorité des Canadiens », anticipe M. Lévesque.

Il s’agira d’un enjeu majeur dans le futur prochain, le vieillissement de la population et la pénurie d’employés posant des défis de taille au secteur de la santé.

L’ALZHEIMER EN STATISTIQUES

On estime qu’en 2016, 564 000 personnes au Canada, incluant 152 000 Québécois, vivaient avec une maladie cognitive, dont la maladie d’Alzheimer est la forme la plus fréquente.

Avec le vieillissement de la population, le nombre de cas de maladies cognitives devrait passer à 937 000 Canadiens, dont 260 000 Québécois, d’ici 2031, soit une augmentation de 66%.

Les maladies cognitives entraînent des coûts directs estimés à 12,5 milliards de dollars au Canada en 2021. Le fardeau financier devrait augmenter à 16,6 milliards d’ici 2031.

Crédit photo : Pexels/Andrea Piacquadio

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