Transformation numérique : atout ou menace ?

Quels sont les effets perçus de la transformation numérique sur nos vies ? Entre optimisme et craintes, plusieurs parmi nous se demandent encore vers quel avenir nous nous dirigeons, que ce soit dans nos relations interpersonnelles, au travail, dans nos démocraties et sur le plan environnemental. Ce sont là les sujets qui ont été abordés par l’équipe de rédaction de CScience IA lors d’une émission spéciale de C+clair.

À cette occasion, Luc Sirois et Rémi Quirion, respectivement Innovateur en chef du Québec et Scientifique en chef du Québec, ont répondu aux questions du public présent dans la salle, ainsi qu’aux commentaires en ligne des internautes.

Pour agrémenter les échanges, des intervenants du milieu de l’innovation et de l’intelligence artificielle (IA) sont venus présenter des solutions concrètes en lien avec les thèmes abordés.

LA TECHNOLOGIE NOUS ISOLE-T-ELLE?

Rapportant un fort taux d’adoption des objets connectés à la maison chez les jeunes (42 % selon une enquête de l’Université de Laval), on peut craindre un risque de dépendance au numérique de la part des nouvelles générations, selon ce qu’a souligné Patricia Gautrin, journaliste à CScience IA.

Néanmoins, les mêmes recherches soulignent que 81% des personnes âgées au Québec estiment que les technologies numériques les aident à briser l’isolement en favorisant les interactions sociales.

Face à ce constat, les invités se sont voulus rassurants quant à la présence de plus en plus grande des moyens de communication numériques dans notre quotidien.

« On va avoir plusieurs dizaines et dans quelques décennies plusieurs centaines d’objets connectés dans notre environnement. Si on se demande, « est-ce qu’on est dépendants (aujourd’hui) de notre électricité, des communications? » Oui. Éventuellement, les objets connectés vont faire partie de l’environnement normal de la vie, pour rendre des services, chacun avec ses fonctions », a souligné M. Sirois.

Pour sa part, M. Quirion s’est réjoui du rôle rassembleur qu’ont joué les réseaux sociaux et les appareils numériques durant la pandémie, surtout pour les personnes âgées, celles-ci étant plus à risque d’isolement social.

QUAND LE NUMÉRIQUE S’INSTALLE AU TRAVAIL

Un des effets pervers les plus anticipés de la transformation numérique est sans conteste la disparition des postes sur le marché du travail.

Il ne passe pas une journée sans que l’on annonce la mort d’un métier qui sera bientôt remplacé par l’automatisation et l’IA.

La rédactrice en chef de CScience IA, Nora Azouz, a présenté un sondage de Blumberg Capital selon lequel 49 % des répondants disent avoir peur de l’IA parce qu’elle implique la suppression d’emplois.

Par opposition, une étude du Boston Consulting group et de la MIT Sloan Management review révèle que 58 % des cadres interrogés estiment que leurs équipes ont constaté une évolution positive après l’instauration de l’IA.

Les invités ont rappelé que, dans les faits, l’automatisation est souvent synonyme de hausse de productivité, mais surtout de création d’emplois.

« On peut voir l’exemple de l’Allemagne ou de la Corée du Sud pour comprendre que plus on est automatisés, on n’enlève pas des emplois, on en crée de nouveaux », a insisté M. Quirion.

LA DÉMOCRATIE À L’ÈRE DES GAFAM

Les récentes fuites d’ex-employés de grands réseaux sociaux tel que Facebook ont fait la lumière sur des pratiques peu reluisantes de cette industrie.

Vente de données personnelles aux plus gros acheteurs, algorithmes conçus pour créer une dépendance et maximiser le temps passé sur les médias sociaux, ainsi que le manque perçu par certains d’efforts concrets pour mettre un frein aux messages haineux en ligne ; l’inquiétude monte face à l’impact négatif que pourraient avoir les GAFAMS sur nos sociétés et nos démocraties.

Une récente étude indiquait que deux tiers des liens Twitter vers des sites populaires sont publiés par des robots.

Toutefois, certains Québécois aimeraient qu’on fasse appel aux technologies du numérique pour améliorer leurs interactions avec les services gouvernementaux. En effet, 40% des adultes québécois pensent qu’un système d’authentification unique devrait être une priorité.

Les deux invités n’ont pas caché leur inquiétude par rapport à cette tendance.

Le Scientifique en chef, croit qu’il se prépare une réponse de la part des décideurs publics vis-à-vis cet enjeu.

« Le monde politique est plus conscient de tout ça. On va devoir prendre des gestes, faire de nouvelles lois, on n’aura pas le choix (…) Les élus commencent à réagir à tous à se dire qu’il ne faut peut-être pas laisser la porte ouverte indéfiniment ».

IA ET CLIMAT : UN BON MÉNAGE?

Il est difficile de démêler les informations qui sont pertinentes par rapport aux effets de l’IA sur les changements climatiques.

En effet, un seul système d’IA peut émettre cinq fois les émissions de gaz à effet de serre d’une voiture durant toute sa durée de vie, d’après une étude de l’Université du Massachusetts.

Cependant, l’optimisation par l’IA pourrait aussi mener à une baisse de 16% des émissions de CO2 d’ici à 2025, selon un rapport de la firme de consultation numérique Capgemini.

Pour l’Innovateur en chef du Québec, la lutte aux changements climatiques « va nécessiter énormément de recherches et de développements ».

« Il y a des changements sociaux à faire, mais il y a aussi la création de nouvelles technologies qui vont remplacer les technologies à base de carbone d’aujourd’hui. (…) L’IA va accélérer la création de nouveaux matériaux, de nouvelles sources d’énergie (…), et donc cette accélération-là grâce à l’IA, l’humanité en a besoin », a insisté M. Sirois.

Pour visionner l’émission spéciale de C+clair, il suffit de se rendre sur la page Facebook de CScience IA.

Crédit photo: Capture d’écran/CScience IA