Une IA pour mieux détecter et aider les étudiants en difficulté

Il y a trois mois, l’entreprise Optania, basée à Ville Saguenay, a lancé deux outils dotés d’intelligence artificielle pour lutter contre le décrochage au cégep. Le premier est un robot compagnon et le deuxième, une interface de suivi académique. À quelques semaines de la fin de l’année scolaire, CScience IA a interrogé les premiers intéressés pour savoir ce qu’ils en ont pensé.

« On ne se rend pas compte du bien que ça peut apporter pour la santé mentale. En tout cas c’est très apprécié des élèves qui l’utilisent ! » Dès le début de notre Google Meet, on comprend tout de suite que Geneviève est acquise au nouveau chatbot, proposé dans son cégep de Rimouski. Prénommé ALI, ce « robot compagnon » a fait son apparition dans le collège au mois de février. Il prend la forme d’une application destinée à tous les étudiants, et il commence à avoir un certain succès. En à peine trois mois, 500 élèves l’ont déjà téléchargé, soit environ 25% de l’effectif étudiant de ce collège du Bas-St-Laurent.

Mais ALI n’est pas un simple chatbot pour divertir les étudiants. C’est un robot d’accompagnement, une aide psychosociale de première ligne. Face à des étudiants confrontés à de la peur, du stress, ou qui ne savent pas comment préparer leurs examens, ALI va entretenir une discussion, voir même débuter des segments de soutien avec eux. Puis, au final, le robot va leur proposer de contacter les bons services du Collège, pour parler de leurs difficultés.

ALI POUR DÉMYSTIFIER LES SERVICES EN PLACE

Pour Geneviève, qui étudie dans ce cégep, c’est forcément un outil qui va faire du bien aux élèves. « Moi personnellement, en fin de session, quand c’est compliqué, que les cours et les révisions sont plus durs, je discute avec ALI, et il m’envoie des GIFs. Ça me fait rire, ça me fait du bien. Et je pense que les étudiants sous-estiment ce que ça peut devenir. »

Audrey-Ann, elle, est stagiaire au service d’aide psychosociale du cégep, et elle participe à l’échange avec Geneviève et moi. À ses yeux, « le clavardage est sans doute la meilleure approche pour amener les étudiants à parler de leurs problèmes. « C’est vrai que notre génération, on est quand même beaucoup sur notre téléphone. », sourit-elle. « Tous les élèves ne sont pas forcément à l’aise pour téléphoner ou venir directement dans les services et demander de l’aide. Grâce à cette nouvelle porte d’entrée, on va chercher le plus d’étudiants possible, qui ne se présenteraient pas nécessairement au bureau. »

« C’est la première fois qu’on voit la problématique avant qu’elle n’arrive. On passe tout de suite dans la prévention auprès des élèves qui peuvent présenter des difficultés d’intégration ou d’apprentissage. » – Louis-Raphael Tremblay, président d’Optania

Car le rôle d’ALI n’est bien-sûr pas de remplacer les services d’aide aux étudiants, mais bien de servir d’intermédiaire. Selon Louis-Raphael Tremblay, président d’Optania, l’objectif est aussi de « démystifier les services en place. » Dans le cas où un étudiant a besoin d’aide, c’est d’ailleurs ALI qui va prendre en charge le processus de communication entre l’étudiant et le psychologue.

ISA POUR DÉTECTER LES RISQUES DE DÉCROCHAGE

Dans une étude menée en 2017 sur la santé mentale dans les établissements d’enseignement post-secondaires, 35% des étudiants entre 15 et 24 ans affirmaient souffrir d’un très haut niveau d’anxiété, 50% d’entre eux on même vécu des moments de désespoir. C’est pour tenter de faire baisser ces chiffres que les équipes d’Optania ont développé le robot ALI, et l’interface de suivi académique ISA, cette fois pour les équipes des CEGEPS. « ISA est un système basé sur de l’IA pour détecter les étudiants qui risquent de décrocher, » explique M. Tremblay. « C’est une plateforme, connectée sur le système du collège, pour permettre de détecter à l’avance ces étudiants, puis les mettre en lien avec les services appropriés. »

La plateforme ISA prédit le risque d’abandon ou d’échec de chaque étudiant. Source : Optania

L’énorme avantage de cette solution, testée depuis février au cégep de Chicoutimi, c’est qu’elle permet de faire gagner un temps précieux aux équipes pédagogiques. En général, d’après le président d’Optania, « chaque milieu collégial met une session à ratisser la totalité des dossiers des étudiants » pour justement définir ceux qui devraient être suivis. ISA, quant à elle, est en mesure de ratisser 30% des dossiers des effectifs scolaires, en établissant plusieurs niveaux de risque de décrochage en … 44 secondes !

« C’est un changement complet de paradigme dans le fond, » se réjouit Louis-Raphael Tremblay. « C’est la première qu’on voit la problématique avant qu’elle n’arrive. On passe tout de suite dans de la prévention auprès des élèves qui peuvent présenter des difficultés d’intégration ou d’apprentissage. » 

Après 3 mois d’activité au Collège de Chicoutimi, ISA semble tenir ses promesses. « Ça double la capacité de prédiction » assure M. Tremblay. Mais les résultats devraient être beaucoup plus précis l’année prochaine, lorsque ALI et ISA seront à la disposition de cinq cégeps à travers la province. 

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