Québec ne va pas de l’avant avec “Alerte COVID”

Après avoir longuement étudié la question, le gouvernement du Québec choisit de mettre de côté l’application de traçage de la COVID-19. Il ne ferme toutefois pas la porte au lancement d’une telle technologie, dans le cas d’une deuxième vague.

Éric Caire, ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale, en a fait l’annonce lors du point de presse de ce mardi après-midi. « Compte tenu du fait que la pandémie est sous contrôle pour le moment au Québec, avec les mesures en place, le gouvernement a décidé de ne pas aller de l’avant avec une application de notification de contact », a-t-il expliqué.

Exploitant la technologie Bluetooth, « Alerte COVID » n’est actuellement disponible qu’en Ontario. Depuis son lancement, elle a été téléchargée 1,9 million de fois. L’application satisfait aux critères établis par le gouvernement du Québec. En effet, elle exclut toute forme de géolocalisation GPS, d’utilisation de paramètres biométriques et de stockage de renseignements personnels.

DES CONSULTATIONS EN DEUX TEMPS 

Dans un premier temps, au mois de juillet, le ministre Caire avait lancé une consultation publique. Ouverte pendant près d’un mois, elle devait permettre au gouvernement de vérifier l’intérêt des Québécois quant au déploiement d’une application de traçage. Les résultats ont révélé entre autres que 75 % des répondants l’installeraient sur leur téléphone intelligent.

En deuxième temps, les membres de la Commission des institutions ont étudié l’utilité de cette application. Durant trois jours, ils ont entendu les arguments de 18 experts sur le sujet. Par la suite, les membres devaient formuler un rapport, présenté sous forme de recommandations. Contrairement à l’avis de la population, ils estiment que les inconvénients liés à cette technologie sont supérieurs aux bénéfices.  

UNE DÉCISION PRUDENTE

Yves Gingras, historien des sciences, auditionné le 12 août devant la Commission des institutions, souligne le courage du gouvernement de ne pas suivre les autres. « Il faut saluer cette décision-là, qui à mon avis est la seule décision rationnelle face à tout ce qui a été dit sur cette application-là, qui encore une fois n’a jamais été vraiment testée. On prend pour acquis que ça fonctionne. Or, personne n’a montré que ça fonctionnait. Au contraire, on sait que dans d’autres places le taux d’erreur de Bluetooth est quand même assez élevé. Il faut être très précis sur tous les tests qui doivent être faits, et lorsque l’application sera démontrée efficace, elle sera utile. Comme toutes les technologies, elles sont utiles lorsqu’elles sont efficaces, » mentionne-t-il.

De son côté, l’éthicien Martin Gibert explique que le gouvernement a pris la décision la plus prudente. Il souligne également que l’ambiance actuelle n’est pas nécessairement propice à ce que les gens se précipitent pour télécharger l’application.

Il n’aurait toutefois pas été contre le lancement d’Alerte COVID, alors qu’il l’avait déjà téléchargée sur son téléphone. « En prenant une application non testée, les risques sont grands parce que si ça se passe mal, on va reprocher aux gens d’avoir lancé l’application. Par contre, dans l’autre sens, il y a aussi le risque de ne pas sauver des vies qu’on aurait pu sauver grâce à l’application. Au niveau éthique, il n’y a pas une réponse claire sur la bonne chose à faire, » conclut-il.

UN DÉNOUEMENT À SUIVRE

Le premier ministre a tout de même demandé au ministre Caire de poursuivre ses travaux sur « Alerte COVID ». Dans l’éventualité d’une deuxième vague, le gouvernement veut être en mesure de mettre rapidement à la disposition de la population une application de traçage efficace et sécuritaire.

M. Caire a également souligné qu’il était toujours ouvert à étudier les technologies québécoises. Elles doivent toutefois respecter les besoins exprimés par la santé publique ainsi que les critères exigés par le gouvernement.

 

 

 

 

 

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